Sécuriser le transfert intrahospitalier des patients après une anesthésie générale
Une étude rétrospective publiée dans le Journal of PeriAnesthesia Nursing met en lumière un risque que nous côtoyons chaque jour sans toujours le formaliser: le transport intrahospitalier après une anesthésie générale.

Sur 255 dossiers analysés, les auteurs rapportent une instabilité physiologique significative des patients, avec une incidence d'hypoxémie de 50,59 %. En clair, un patient transporté sur deux présente, pendant ce trajet, une désaturation qui mérite notre vigilance. Pour nous, anesthésistes et IADE, ce chiffre n'est pas une surprise — il confirme ce que la pratique nous enseigne bien souvent de manière anecdotique.
Le point clé de l'étude
Les protocoles de SSPI, de récupération post-anesthésique et de transfert interservices existent depuis longtemps, mais le transport reste un moment où la surveillance se relâche. Les causes sont multiples: monitorage parfois inadapté en déplacement, oxygène de secours insuffisant, soignant accompagnant non dédié, ou patient encore sous l'effet des agents anesthésiques avec une dépression respiratoire résiduelle. L'étude, par sa méthodologie rétrospective et l'ampleur de sa cohorte, confirme que cette vulnérabilité n'est pas marginale: elle concerne près de la moitié des transports.
Ce que nous pouvons ajuster dès la prochaine garde
Le réflexe à retrouver, ce n'est pas d'inventer de nouvelles procédures, mais de durcir celles que nous avons déjà. Trois points de contrôle systématiques avant le départ du patient:
- Monitorage transportable vérifié, saturomètre en place, alarmes activées — pas en mode muet pendant le trajet.
- Oxygénothérapie avec une source d'O₂ fonctionnelle, un débit adapté, et si possible un ballon de réserve pour les patients les plus fragiles.
- Accompagnant formé (IADE ou IDE formé au transport post-anesthésique), voies d'abord accessibles, et un briefing oral succinct sur l'état du patient et les points de vigilance.
En pratique, un protocole écrit, validé en comité d'anesthésie ou en CME, avec des critères d'éligibilité stricts au transfert (score d'Aldrete, Steward, ou équivalent selon les habitudes du service), reste l'outil le plus fiable pour harmoniser nos pratiques entre opérateurs et limiter la variabilité liée à l'urgence ou à la charge de travail.
Le chiffre que nous devons produire chez nous
Le 50,59 % rapporté par les auteurs est un signal, pas une norme universelle. Chaque établissement a sa propre réalité selon son case mix, la lourdeur des patients et l'organisation du transport. Avant de réécrire nos procédures, le premier pas consiste à mesurer: un audit prospectif d'une à deux semaines, avec un recueil simple des désaturations (SpO₂ < 90 %) et des événements indésirables pendant le transport, suffit à objectiver notre propre situation. Ce chiffre local sera notre meilleur argument pour prioriser les axes d'amélioration — formation, matériel, ou réorganisation des flux.
À plus long terme, deux questions restent ouvertes et méritent d'être suivies dans la littérature: l'impact réel de ces épisodes d'hypoxémie transitoire sur la morbi-mortalité postopératoire, et la place des stratégies d'amélioration systématiques dans la réduction du risque. L'étude publiée ne tranche pas, mais elle nous rappelle qu'entre deux unités de soins, le transport n'est jamais un vide administratif — c'est un acte de soins à part entière.