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Première garde en anesthésie : la checklist de préparation

Vous prenez votre première garde. 22 h, le bip sonne. Un patient désature en salle de surveillance post-interventionnelle, la ventilation au masque est inefficace et la saturation chute. Le respirateur n’a pas été testé en fin de programme.

Mis à jour25 août 2026
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Première garde en anesthésie : la checklist de préparation

Première garde en anesthésie: la checklist de préparation

La bouteille de secours en oxygène est presque vide. Vous devez agir sans perdre de temps, mais surtout sans découvrir à ce moment-là que le matériel essentiel n’est pas disponible.

En France, les estimations évoquent 60 000 à 95 000 événements indésirables graves périopératoires par an, rapportés à environ 6,5 millions d’interventions chirurgicales. Ce volume décrit un ensemble large de situations et ne correspond pas à un taux spécifique de désaturations ou de dépressions respiratoires en postopératoire immédiat. Il rappelle cependant une réalité plus utile qu’un chiffre isolé: la sécurité se joue souvent avant l’induction, dans la préparation du poste, la circulation de l’information et la surveillance des premières minutes qui suivent l’anesthésie.

Voici votre checklist de garde. Pas une récitation théorique. Une méthode de contrôle, de décision et d’appel. Chaque vérification réduit la part d’improvisation au moment où la marge d’erreur devient la plus étroite.

Maîtrise technique du poste d’anesthésie: les points de contrôle critiques

Vous arrivez au bloc. Première règle: vous ne prenez pas un patient sans avoir validé votre environnement de travail. Le poste d’anesthésie n’est pas une simple table entourée de câbles et de seringues. C’est un système complet: alimentation en gaz, respirateur, circuit, aspiration, monitorage, médicaments, matériel d’abord et solutions de secours.

La vérification doit être séquentielle. Vous ne vous contentez pas de regarder si les appareils sont allumés. Vous testez ce qui devra fonctionner lorsque la situation se dégradera.

Commencez par les alimentations. Vérifiez l’arrivée murale d’oxygène, l’état des raccords et la présence d’une bouteille de secours réellement utilisable. Une bouteille branchée mais fermée ne constitue pas une réserve. Une bouteille ouverte mais presque vide ne constitue pas davantage une solution. Contrôlez la pression, le raccordement, l’accès au détendeur et la compatibilité avec le matériel du secteur.

Le débit d’oxygène d’urgence doit être testé à chaque prise de poste. Il permet de poursuivre une ventilation manuelle si l’alimentation murale ou le respirateur devient indisponible. Vous devez savoir immédiatement où se trouvent le ballon autoremplisseur, le masque adapté, la tubulure et la bouteille portable. En situation critique, chercher le matériel est déjà une perte de temps.

Testez ensuite le circuit patient et le respirateur selon la procédure de votre modèle. Vérifiez l’absence de fuite anormale, le fonctionnement des valves, la présence du ballon et la cohérence des volumes affichés. Les valeurs et les étapes exactes dépendent du respirateur utilisé: ne remplacez pas l’autotest de l’appareil par un simple coup d’œil au circuit. Contrôlez aussi les limites d’alarme et leur audibilité. Une alarme désactivée, trop basse ou noyée dans le bruit du bloc est une alarme qui ne protège personne.

L’aspiration doit être immédiatement disponible. Bocal en place, tuyau raccordé, dépression efficace, sondes accessibles: le contrôle ne prend que quelques secondes. Si vous devez aspirer les voies aériennes, vous ne pouvez pas commencer par chercher le raccord manquant ou constater que le bocal est plein.

Le chariot d’intubation difficile se vérifie avec la même attention. Les tailles disponibles doivent correspondre au patient pris en charge. Prévoyez plusieurs sondes d’intubation, des mandrins, des lames adaptées, un dispositif de vidéolaryngoscopie lorsqu’il est prévu dans l’organisation locale, ainsi que le matériel de ventilation de secours. Le kit de cricothyroïdotomie doit être identifié, accessible, complet et contrôlé selon la procédure de l’établissement. Un dispositif d’urgence scellé dont personne ne connaît l’emplacement n’est pas un dispositif prêt à l’emploi.

Le monitorage ne se résume pas à la saturation

Le monitorage de base comprend, selon le contexte, l’ECG, la pression artérielle non invasive, la saturation pulsée en oxygène et la mesure de la concentration expirée en dioxyde de carbone lorsque la ventilation est contrôlée ou qu’une surveillance ventilatoire rapprochée est nécessaire. La saturation donne une information précieuse, mais souvent tardive et dépendante de l’oxygénothérapie. Elle ne remplace ni l’observation clinique, ni l’évaluation de la ventilation, ni la capnographie lorsqu’elle est indiquée.

Avant l’arrivée du patient, vérifiez:

  • que les câbles et capteurs sont présents et fonctionnels;
  • que les brassards de pression artérielle correspondent à la morphologie du patient;
  • que la capnographie est raccordée et lisible lorsque son utilisation est requise;
  • que les alarmes sont activées et réglées selon le terrain, la situation clinique et les objectifs de prise en charge;
  • que le respirateur de transport, l’oxygène portable et le monitorage de transfert sont disponibles;
  • que les batteries sont suffisamment chargées pour la durée prévisible du déplacement.
ÉlémentCe qu’il faut contrôlerCe qui doit être clair avant l’arrivée du patient
Alimentation en oxygèneArrivée murale, raccords, bouteille de secours et détendeurLa source de secours est branchée, ouverte et suffisamment remplie
Débit d’urgenceFonctionnement du débit d’oxygène de secours et du ballon autoremplisseurVous pouvez ventiler manuellement sans chercher le matériel
Circuit patientTest du respirateur, étanchéité, valves, ballon et filtresLe circuit utilisé est compatible avec le respirateur et le patient
AspirationBocal, tuyaux, sondes et puissance d’aspirationL’aspiration peut être mise en route immédiatement
MonitorageECG, pression artérielle, SpO2, capnographie si indiquéeLes alarmes sont actives et les limites cohérentes
Intubation difficileLames, sondes, mandrins, vidéolaryngoscope et matériel de secoursLe matériel est complet, accessible et connu de l’équipe
TransportRespirateur ou ballon, oxygène, scope et aspiration portableLe transfert peut se faire sans interrompre la surveillance

Si une ligne critique n’est pas validée, vous ne démarrez pas comme si de rien n’était. Vous réapprovisionnez, vous testez, vous remplacez ou vous signalez. Le problème doit être traité avant l’induction, pas transmis au patient suivant.

Un poste d’anesthésie non validé n’est pas un détail d’organisation: c’est un risque déjà installé dans la salle.

La préparation concerne aussi les médicaments. Vérifiez les seringues étiquetées, les voies d’abord nécessaires, les solutés, les traitements d’urgence et les antagonistes utilisés dans votre secteur. Séparez clairement les concentrations qui se ressemblent. Une seringue préparée à la hâte, sans étiquette lisible, transforme une situation connue en erreur évitable.

Sécurité au bloc opératoire: l’application rigoureuse de la check-list HAS

La check-list de sécurité au bloc opératoire n’est pas un formulaire à signer rapidement avant l’incision. Elle organise une vérification collective à trois moments: avant l’induction, avant l’incision et avant la sortie de salle. Son efficacité dépend moins du document lui-même que de la manière dont l’équipe l’utilise.

La première étape se déroule avant l’induction anesthésique. L’identité du patient est vérifiée avec plusieurs éléments concordants. Le site opératoire, l’intervention prévue, le consentement et les allergies sont recoupés. Vous confirmez les éléments anesthésiques qui peuvent modifier votre stratégie: antécédents respiratoires, risque d’intubation difficile, risque d’inhalation, traitement anticoagulant, accès veineux prévisible, risque hémorragique et éventuelles contraintes de positionnement.

Cette étape est aussi le moment de vérifier que le matériel nécessaire est réellement dans la salle. Si une intubation difficile est anticipée, le chariot ne doit pas rester dans le couloir. Si un saignement important est possible, les accès, les solutés, le réchauffement et la stratégie de transfusion doivent être discutés avant que la situation ne l’impose.

La deuxième étape intervient juste avant l’incision. Chaque membre de l’équipe se présente ou est identifié. Le chirurgien rappelle l’intervention et ses temps critiques. L’anesthésiste précise les risques pertinents: instabilité hémodynamique attendue, difficultés ventilatoires, particularités pharmacologiques, nécessité d’un monitorage supplémentaire ou d’une disponibilité accrue du matériel.

La question utile n’est pas seulement de savoir si l’antibioprophylaxie a été prescrite. Il faut vérifier qu’elle a été administrée au moment approprié et que l’équipe sait qui en est responsable. Le même principe s’applique au positionnement, au réchauffement, aux dispositifs de prévention des complications et aux prélèvements éventuels.

La troisième étape a lieu avant la sortie de salle. Le comptage des compresses, aiguilles et instruments est effectué selon la procédure du bloc. Les prélèvements sont identifiés et étiquetés. Les problèmes de matériel sont signalés immédiatement afin que l’équipe suivante ne les découvre pas pendant une nouvelle prise en charge. Enfin, les consignes de surveillance et de traitement sont transmises à la SSPI ou à l’unité d’accueil.

La check-list ne doit pas devenir un monologue récité par une seule personne pendant que les autres continuent leur tâche. Elle doit interrompre brièvement l’activité et obtenir des réponses explicites. Une hésitation sur l’identité, le côté, l’antibioprophylaxie ou la stratégie de secours mérite une pause.

Vous ne signez jamais une phase que vous n’avez pas réalisée. Vous ne laissez pas quelqu’un signer à votre place. Vous lisez, vous écoutez les réponses, vous faites corriger ce qui doit l’être, puis vous tracez. Le document ne remplace pas la communication; il lui donne un moment et une structure.

Une check-list utile n’ajoute pas une formalité au travail: elle force l’équipe à partager les informations dont chacun pense, à tort, que les autres disposent déjà.

Aides cognitives et outils numériques: vos alliés en situation d’urgence

Sous stress, la mémoire de travail se réduit. Les gestes simples deviennent moins fluides, les calculs sont plus lents et l’ordre des étapes peut se brouiller. Ce n’est pas un défaut personnel. C’est une limite prévisible du fonctionnement humain en situation critique. La préparation consiste donc à ne pas dépendre de sa mémoire seule.

Les aides cognitives servent précisément à cela. Elles rappellent un algorithme, ordonnent les actions et limitent les oublis. Elles peuvent concerner l’arrêt cardiaque, l’anaphylaxie, l’intubation difficile, l’hyperthermie maligne, l’intoxication aux anesthésiques locaux, le choc, les urgences pédiatriques ou d’autres situations rencontrées dans votre établissement.

Le support importe moins que son accessibilité. Une fiche papier plastifiée dans le chariot d’urgence peut être plus utile qu’une application installée sur un téléphone dont la batterie est vide ou qui ne capte pas le réseau. L’idéal est de disposer d’une version papier et d’un outil numérique connu, avec les protocoles locaux clairement distingués des recommandations générales.

Les applications professionnelles utilisées dans votre équipe — par exemple pour les posologies, les interactions ou les conduites à tenir — doivent être installées avant la garde. Vérifiez les mises à jour, l’accès hors ligne, la compatibilité avec les recommandations de votre établissement et les règles de confidentialité. Une application ne dispense pas de connaître l’organisation locale: qui appelle le laboratoire, qui apporte le chariot de transfusion, où se trouve le matériel de voie aérienne, quel sénior est joignable et comment déclencher une aide supplémentaire.

En cas d’urgence, utilisez l’aide cognitive au moment de l’action. Ouvrez la fiche correspondant à la situation, lisez l’étape en cours, faites annoncer les doses et demandez une vérification croisée avant l’administration. Pour un médicament, contrôlez au minimum le nom, la concentration, le poids de référence utilisé, la dose calculée, la voie et l’identité du patient. La vérification doit être audible lorsque la situation le permet.

Ne transformez pas une aide cognitive en objet décoratif. Elle n’a pas pour fonction de vous donner l’impression d’avoir révisé. Elle doit guider la séquence pendant que vous agissez.

Un algorithme doit rester compatible avec le terrain

Les arbres décisionnels sont des supports, pas des automatismes aveugles. Ils ne remplacent pas l’examen du patient, l’évaluation de la réponse au traitement ni la séniorisation. Si la situation ne correspond pas exactement au scénario prévu, vous le signalez et vous demandez de l’aide.

Avant la garde, repérez au moins:

1. les algorithmes disponibles dans le chariot d’urgence;

2. les protocoles spécifiques de votre établissement;

3. les médicaments dont les concentrations diffèrent de celles utilisées pendant votre formation;

4. les numéros d’appel et les modalités d’activation de l’équipe de renfort;

5. les procédures de transfert vers la réanimation ou un autre secteur.

L’objectif n’est pas de tout mémoriser. C’est de rendre la bonne information disponible au bon endroit, au bon moment.

Gestion des risques post-anesthésiques: la surveillance en SSPI

La surveillance postopératoire immédiate ne se résume pas à attendre que le patient ouvre les yeux. Les complications respiratoires peuvent apparaître après l’extubation, notamment lorsque les effets résiduels des opioïdes, des hypnotiques ou des curares se combinent à une obstruction des voies aériennes, à une douleur mal contrôlée ou à une fragilité respiratoire.

Les estimations globales d’événements indésirables graves périopératoires — de l’ordre de 60 000 à 95 000 par an dans la population opérée évoquée plus haut — ne permettent pas d’affirmer qu’une dépression respiratoire postopératoire non surveillée serait la première cause de l’ensemble de ces complications. Il faut garder cette nuance. En revanche, le risque respiratoire en SSPI est suffisamment sérieux pour imposer une surveillance active et une transmission précise.

À l’arrivée, vous transmettez le type d’anesthésie, les voies aériennes utilisées, les médicaments administrés, les antagonisations réalisées, les pertes, les remplissages, les événements intercurrents et les consignes particulières. Vous ne remettez pas seulement un patient; vous remettez une situation clinique avec ses risques résiduels.

Le monitorage dépend du patient et de l’intervention, mais il doit permettre de détecter rapidement une hypoventilation, une obstruction, une instabilité hémodynamique ou une altération de la conscience. La saturation pulsée en oxygène est essentielle, mais elle peut rester rassurante sous supplémentation en oxygène alors que la ventilation est insuffisante. La fréquence respiratoire, l’amplitude des mouvements, la qualité de la ventilation et, lorsque cela est indiqué, la capnographie doivent être prises en compte ensemble.

Observez particulièrement:

  • une fréquence respiratoire anormalement basse, irrégulière ou au contraire très élevée;
  • une désaturation persistante ou brutale, en tenant compte du débit d’oxygène administré;
  • un ronflement, un tirage, une obstruction ou une ventilation difficile;
  • une somnolence qui s’aggrave ou une réponse insuffisante aux stimulations;
  • une hypotension, une tachycardie, des marbrures ou une mauvaise perfusion;
  • une douleur, des nausées, des vomissements ou une agitation qui empêchent une surveillance fiable;
  • une faiblesse musculaire persistante après curarisation ou une discordance entre l’état clinique et les paramètres affichés.

Les seuils numériques ne doivent pas être appliqués mécaniquement. Ils varient selon le terrain, l’oxygénothérapie, le type d’intervention et les protocoles locaux. Une saturation acceptable chez un patient donné ne rend pas négligeable une hypoventilation. De même, une fréquence respiratoire isolément normale ne garantit pas une ventilation efficace.

L’extubation et la sortie de SSPI reposent sur des critères cliniques et organisationnels définis par l’équipe. Le score d’Aldrete modifié peut contribuer à cette évaluation, mais il ne doit pas devenir un chiffre qui masque une situation encore instable. Avant le transfert, vérifiez la conscience, la ventilation, l’oxygénation, la stabilité circulatoire, la douleur, la température si nécessaire et la capacité du secteur receveur à poursuivre la surveillance requise.

Anticipez aussi les effets pharmacologiques. Les opioïdes peuvent produire une dépression respiratoire retardée. Les curares nécessitent une évaluation de la récupération neuromusculaire selon les moyens disponibles et les recommandations du service. Les benzodiazépines et les autres sédatifs peuvent prolonger la somnolence. La stratégie d’antagonisation, lorsqu’elle est indiquée, ne remplace pas l’observation après son administration.

En SSPI, le silence du scope ne signifie pas que le patient va bien. Il faut regarder le patient, écouter sa respiration et vérifier que les chiffres correspondent à la clinique.

Une surveillance efficace n’est pas une présence passive devant un écran. C’est une réévaluation répétée, avec une capacité immédiate à stimuler, repositionner, ventiler, appeler et réévaluer.

Communication et hiérarchie: le rôle de l’interne face au sénior de garde

La règle de la première garde est simple: vous n’avez pas à prouver que vous pouvez tout gérer seul. Vous devez reconnaître rapidement ce qui dépasse votre niveau d’autonomie et activer la bonne ressource.

Le médecin anesthésiste-réanimateur sénior de garde ou d’astreinte doit être joignable selon l’organisation de l’établissement. Avant le début de la garde, vérifiez le numéro, le mode de contact et la conduite à tenir si le premier appel reste sans réponse. Un numéro enregistré dans un téléphone éteint ou absent de la liste de garde ne constitue pas une procédure.

Appelez sans attendre lorsqu’il existe une difficulté d’intubation prévue ou avérée, une détresse respiratoire, un arrêt cardiaque, une complication hémodynamique persistante, une allergie sévère, une demande de transfusion importante, une anesthésie urgente hors programme, un patient très à risque ou un transfert non programmé. Vous pouvez également appeler lorsque le diagnostic reste incertain et que l’évolution n’est pas rassurante. Il n’est pas nécessaire d’attendre que la situation devienne spectaculaire pour demander un avis.

L’appel doit être bref et structuré. Donnez votre nom, le lieu, l’identité et l’âge du patient si nécessaire, le problème actuel, le contexte, les paramètres essentiels, ce qui a déjà été fait, la réponse obtenue et la décision attendue. Ne noyez pas l’information importante dans un récit chronologique de dix minutes.

Une transmission structurée peut suivre quatre temps:

1. Situation: où vous êtes et ce qui se passe maintenant;

2. Contexte: intervention, antécédents et éléments pertinents;

3. Évaluation: constantes, examen, évolution et traitements déjà réalisés;

4. Demande: aide souhaitée, décision à prendre et délai estimé.

Répétez ensuite la consigne reçue pour confirmer que vous l’avez comprise. Si la situation change, vous rappelez. Si vous n’arrivez pas à joindre le sénior attendu, vous passez au niveau prévu par la procédure locale. La hiérarchie n’est pas une chaîne destinée à ralentir les soins; c’est une organisation conçue pour mobiliser des compétences supplémentaires.

La pression du chirurgien, de l’équipe ou de l’horloge ne doit pas vous conduire à franchir seul une limite que vous avez identifiée. Vous pouvez expliquer clairement que vous demandez un renfort pour sécuriser la prise en charge. La séniorisation n’est ni un aveu d’échec ni une formalité. C’est une compétence de garde.

Tracez les éléments importants: heure de l’appel, personne jointe, situation exposée, décision reçue, actions réalisées et évolution du patient. La documentation ne remplace jamais l’appel, mais elle évite que la chaîne de décision reste uniquement dans les souvenirs de chacun.

Les erreurs que vous pouvez éviter dès la première garde

Certaines erreurs reviennent parce qu’elles paraissent banales avant de devenir critiques. Elles méritent d’être formulées sans détour:

  • Prendre un poste sans tester le respirateur. Un appareil allumé n’est pas nécessairement un appareil prêt à ventiler. Suivez l’autotest et la procédure de votre modèle.
  • Considérer la bouteille de secours comme un élément décoratif. Vérifiez son niveau, son raccordement, son ouverture et la compatibilité avec le ballon ou le dispositif de transport.
  • Réduire le monitorage à la saturation. La ventilation, la clinique et la capnographie lorsqu’elle est indiquée apportent des informations que la SpO2 ne fournit pas.
  • Transporter un patient instable avec un monitorage incomplet. Le déplacement doit conserver les moyens nécessaires: oxygène, ventilation, surveillance et aspiration selon la situation.
  • Quitter trop tôt une SSPI. Une amélioration après stimulation ou antagonisation ne garantit pas l’absence de récidive. Tenez compte des médicaments, du terrain, de la chirurgie et des critères de sortie.
  • Administrer un médicament sur la seule mémoire. Vérifiez le nom, la concentration, la dose, la voie, le poids utilisé et l’identité du patient. Demandez une double vérification pour les situations à haut risque.
  • Signer une phase de la check-list sans l’avoir réellement déroulée. La traçabilité n’a de sens que si elle correspond à une vérification faite avec l’équipe.
  • Attendre d’être en difficulté pour appeler. Un appel précoce laisse des options. Un appel tardif oblige souvent le sénior à rattraper une situation déjà dégradée.
  • Utiliser une application sans vérifier le protocole local. Les concentrations, les circuits d’appel et les responsabilités peuvent différer d’un établissement à l’autre.
  • Garder une information importante pour soi. Une allergie, une voie d’abord difficile, une réserve d’oxygène insuffisante ou une aggravation en SSPI doivent être signalées immédiatement.

Votre première garde n’est pas un examen de mémoire. C’est une fonction clinique qui exige de préparer le poste, de surveiller le patient et de demander de l’aide au moment utile. Le matériel ne doit pas être découvert pendant l’urgence. La check-list HAS ne doit pas être réduite à une signature. Les aides cognitives doivent être accessibles avant la garde, pas recherchées au milieu d’un arrêt cardiaque. La SSPI doit être pensée comme une phase à risque, pas comme une salle d’attente.

En anesthésie, la rigueur n’a rien de spectaculaire. Elle consiste à vérifier une bouteille, une alarme, une voie d’aspiration, un numéro de téléphone. Elle consiste à faire répéter une information, à interrompre une induction, à appeler un sénior alors que vous espériez encore pouvoir vous débrouiller seul.

Préparez votre garde comme vous préparez une intervention: avec une séquence connue, un matériel contrôlé, des critères de décision clairs et une porte de sortie si la situation dépasse vos moyens. L’objectif n’est pas de ne jamais rencontrer de complication. L’objectif est de ne pas ajouter à la complication une défaillance de préparation, de communication ou de surveillance.

Questions fréquentes

Que faut-il vérifier sur un poste d’anesthésie avant une garde ?
Il faut contrôler les alimentations en oxygène, la bouteille de secours, le débit d’urgence, le circuit patient, le respirateur, l’aspiration, le monitorage, les médicaments et le matériel d’intubation difficile. Chaque ligne critique doit être validée avant l’induction.
Quels sont les trois moments de la check-list de sécurité au bloc opératoire ?
La check-list est réalisée avant l’induction anesthésique, juste avant l’incision et avant la sortie de salle. Elle doit donner lieu à des réponses explicites de l’équipe et ne pas être réduite à une simple signature.
Pourquoi la saturation ne suffit-elle pas pour surveiller un patient en SSPI ?
La saturation peut rester rassurante sous oxygène alors que la ventilation est insuffisante. Il faut également observer la fréquence et l’amplitude respiratoires, la clinique et, lorsque cela est indiqué, la capnographie.
Quand un interne en anesthésie doit-il appeler le sénior de garde ?
Il doit appeler notamment en cas de difficulté d’intubation, détresse respiratoire, arrêt cardiaque, complication hémodynamique persistante, allergie sévère, demande de transfusion importante, anesthésie urgente hors programme ou évolution non rassurante.
Comment structurer un appel au sénior en situation d’urgence ?
L’appel peut suivre quatre temps : situation, contexte, évaluation et demande. Il faut préciser le lieu, le problème actuel, les paramètres essentiels, les traitements déjà réalisés, la réponse obtenue et l’aide attendue, puis répéter la consigne reçue.
Que faut-il transmettre à l’arrivée d’un patient en SSPI ?
La transmission doit inclure le type d’anesthésie, les voies aériennes utilisées, les médicaments administrés, les antagonisations, les pertes, les remplissages, les événements intercurrents et les consignes particulières.