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Mobilisation précoce en réanimation : étapes du parcours

La mobilisation précoce en réanimation ne commence pas nécessairement par la marche.

Mis à jour26 août 2026
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Mobilisation précoce en réanimation : étapes du parcours

Mobilisation précoce en réanimation: étapes du parcours

Elle commence souvent par une décision clinique plus discrète: réduire l’immobilité dès que l’état du patient le permet, ajuster la sédation, installer correctement le corps et coordonner les gestes de toute l’équipe.

L’enjeu est concret. L’atrophie musculaire peut apparaître dès la première semaine d’immobilisation et atteindre jusqu’à 20 % de la masse musculaire. Chez un patient ventilé, sédaté ou affaibli par un sepsis, un traumatisme grave ou une défaillance respiratoire aiguë, chaque journée passée sans mouvement ajoute une difficulté à la récupération. Pour autant, la mobilisation ne se résume pas à sortir le patient du lit le plus tôt possible. Elle repose sur une progression, une évaluation répétée et une adaptation au risque réel.

Nous devons donc raisonner en parcours: que peut faire le patient aujourd’hui, dans quelles conditions, avec quels dispositifs de surveillance et quel niveau d’assistance? C’est cette approche graduée qui permet de faire de la mobilisation précoce en soins intensifs une intervention de réadaptation, et non une mise en danger supplémentaire.

Pourquoi l’immobilisation devient rapidement un problème clinique

L’alitement prolongé agit sur plusieurs fonctions à la fois. La perte de force musculaire est la conséquence la plus visible, mais elle n’est pas la seule. Le patient perd progressivement sa capacité à participer aux soins, à maintenir sa posture, à tousser efficacement et à réaliser les transferts les plus simples.

En pratique, nous observons souvent une spirale difficile à interrompre:

  • la sédation et l’immobilité réduisent les sollicitations musculaires;
  • la faiblesse rend les changements de position plus difficiles;
  • les transferts deviennent plus fatigants et plus risqués;
  • cette fatigue pousse à limiter davantage les mouvements;
  • le retour à l’autonomie s’éloigne, même lorsque la défaillance initiale est contrôlée.

Cette évolution peut concerner un patient ventilé, mais aussi une personne non intubée, très déconditionnée après plusieurs jours de choc, d’insuffisance respiratoire ou d’infection sévère. L’absence d’intubation ne constitue donc pas, à elle seule, un critère suffisant pour décider d’une mobilisation intensive. Inversement, l’intubation ne signifie pas automatiquement que tout mouvement est impossible.

Le point clé est de distinguer l’immobilité imposée par une instabilité persistante de l’immobilité devenue une habitude de prise en charge. Tant que la pression artérielle, les échanges respiratoires ou la perfusion restent préoccupants, la priorité est la stabilisation. Dès que la situation devient suffisamment contrôlée, nous pouvons introduire des mouvements adaptés, parfois très modestes, tout en poursuivant le traitement de la défaillance vitale.

La mobilisation précoce vise ainsi plusieurs objectifs:

  • limiter le déconditionnement et l’atrophie musculaire;
  • préserver les amplitudes articulaires;
  • maintenir la capacité du patient à participer aux soins;
  • préparer les transferts et la verticalisation;
  • favoriser une diminution progressive de la dépendance à la ventilation et aux dispositifs invasifs;
  • soutenir une réhabilitation plus rapide après la phase aiguë.

Il ne s’agit pas de promettre une récupération identique pour tous. Le bénéfice dépend du diagnostic, de la durée de séjour, de l’état neurologique, de la force initiale et de la tolérance à l’effort. Mais l’absence de stratégie laisse souvent l’immobilité s’installer sans véritable décision clinique.

En réanimation, mobiliser tôt ne signifie pas mobiliser fort. Cela signifie commencer dès que possible, au niveau que le patient peut réellement tolérer.

Sédation et score RASS: le préalable à la mise en mouvement

Une mobilisation efficace commence par une sédation compatible avec la participation du patient. Si la profondeur de sédation empêche toute réponse adaptée, la séance ne peut pas être construite de la même manière que chez un patient éveillé, capable de comprendre une consigne et de contribuer à un transfert.

Le score RASS, pour Richmond Agitation-Sedation Scale, offre un langage commun à l’équipe. Il permet de décrire le niveau d’agitation ou de sédation et d’ajuster la stratégie au fil de l’évolution. Nous ne cherchons pas un chiffre isolé qui déclencherait mécaniquement une séance. Nous cherchons à savoir si l’état de vigilance est compatible avec l’objectif du jour: mobiliser passivement un membre, faire participer le patient au redressement, s’asseoir au bord du lit ou maintenir une station debout.

Cette distinction est essentielle. Une même valeur de RASS ne conduit pas nécessairement à la même décision selon le contexte. Un patient peut être suffisamment éveillé pour suivre une consigne, mais trop faible pour maintenir son tronc. Un autre peut présenter une force partielle, mais une confusion qui impose une surveillance rapprochée. Chez un patient neurologique, le déficit moteur ou la perturbation de la conscience modifie encore la progression.

Avant la séance, nous devons donc mettre en regard plusieurs éléments:

  • le niveau de conscience et la capacité à comprendre une consigne simple;
  • la force disponible et la possibilité de maintenir une posture;
  • la stabilité hémodynamique et respiratoire;
  • la présence de douleurs ou d’une agitation non contrôlée;
  • les dispositifs invasifs et leur sécurisation;
  • la fatigue prévisible et la possibilité de revenir rapidement à une position confortable.

Le réglage de la sédation ne doit pas être dissocié du projet de mobilisation. Une sédation trop profonde peut empêcher la participation et prolonger la dépendance, tandis qu’une réduction trop rapide ou mal coordonnée peut provoquer agitation, inconfort et arrachement de dispositifs. Nous avançons donc avec une stratégie partagée entre le médecin, l’infirmier, le kinésithérapeute et les autres professionnels présents.

Dans certaines situations, la séance reste passive ou limitée au positionnement. Ce n’est pas un échec. Une mobilisation passive bien conduite peut être le niveau approprié lorsque le patient ne peut pas encore participer. Le raisonnement devient problématique seulement lorsque cette étape est considérée comme définitive alors que l’état du patient a évolué.

Le parcours gradué: du lit à la déambulation

Le parcours de mobilisation précoce en réanimation suit une logique de progression. Les étapes ne sont pas uniquement chronologiques: elles correspondent à des capacités fonctionnelles différentes. Nous ne passons à l’étape suivante que lorsque le patient, ses constantes et ses dispositifs permettent de le faire dans des conditions acceptables.

1. Installer et positionner avant de mobiliser

Le positionnement est le premier acte de mobilisation. Il permet de lutter contre une posture figée, de préserver les amplitudes articulaires et de préparer les mouvements suivants. Chez un patient très faible, la qualité de l’installation peut déjà modifier la respiration, le confort et la possibilité de participer.

Les exercices passifs peuvent être réalisés lorsque le patient ne contrôle pas suffisamment ses membres. Ils doivent rester adaptés à la douleur, aux limitations articulaires et au contexte de soins. Nous ne cherchons pas à reproduire une séance de rééducation complète au lit du patient; nous entretenons les possibilités fonctionnelles en attendant qu’une participation active devienne possible.

Cette phase est également l’occasion de vérifier la position des cathéters, des drains, de la sonde d’intubation, des circuits de ventilation et des autres équipements. La préparation matérielle n’est pas secondaire: une mobilisation qui oblige l’équipe à improviser autour des dispositifs expose à des incidents évitables.

2. Faire participer le patient au lit

Lorsque la vigilance le permet, nous pouvons demander au patient de réaliser des mouvements simples. La consigne doit être courte et directement observable: fléchir un membre, pousser contre une résistance légère, lever un bras ou participer au redressement.

La réponse à une consigne constitue un repère fonctionnel plus utile qu’une impression générale de vigilance. Dans le parcours décrit par les équipes de soins intensifs, la capacité à lever le bras à la demande peut soutenir la décision de passer à la verticalisation assise au bord du lit. Là encore, il ne s’agit pas d’une règle automatique: le contexte hémodynamique, respiratoire et neurologique reste déterminant.

La participation active a une valeur clinique particulière. Elle nous renseigne sur la force, la compréhension, la fatigabilité et la capacité du patient à signaler un inconfort. Elle permet aussi de transformer le soin en objectif partagé: le patient n’est plus seulement déplacé, il contribue progressivement à son propre redressement.

3. S’asseoir au bord du lit

La position assise au bord du lit représente une étape importante, car elle introduit le contrôle du tronc et la tolérance à la verticalité. Le patient doit gérer une nouvelle répartition des appuis, maintenir sa tête et son buste, et parfois coordonner sa respiration avec l’effort.

Nous organisons cette étape avec un nombre de professionnels adapté à la situation. Le patient doit être soutenu, les lignes doivent rester visibles et les modalités de retour au lit doivent être anticipées. Il est préférable de définir avant le début de la séance qui surveille le patient, qui gère la ventilation et qui sécurise les dispositifs.

La tolérance ne se juge pas uniquement à l’absence de plainte. Chez un patient peu communicant ou encore confus, nous observons la respiration, l’apparition d’une agitation, la qualité du contact, la fatigue et l’évolution des paramètres surveillés. Une séance courte peut être pleinement utile si elle apporte une information fonctionnelle ou permet de franchir un premier seuil.

4. Passer à la station debout

La station debout suppose que le patient puisse maintenir sa jambe contre la pesanteur, avec une aide et un environnement sécurisés. Cette capacité indique que la force des membres inférieurs permet d’envisager un transfert plus actif, mais elle ne garantit pas une marche immédiate.

Le passage assis-debout est exigeant. Il mobilise les membres inférieurs, le tronc et l’équilibre, tout en augmentant la demande respiratoire. Nous devons donc préparer le mouvement, expliquer la consigne et éviter les changements brusques. Le patient peut avoir besoin d’un appui humain important ou d’un dispositif d’aide à la verticalisation selon les ressources disponibles dans l’unité.

La station debout peut être brève. Son intérêt ne dépend pas d’une durée standard valable pour tous les patients, car le dosage de l’entraînement doit être individualisé. Chez certains, l’objectif sera simplement de tolérer le transfert de charge. Chez d’autres, il sera possible d’enchaîner avec un déplacement vers le fauteuil.

5. Transférer vers le fauteuil

Le transfert vers le fauteuil constitue une étape fonctionnelle, mais il ne doit pas être confondu avec une récompense ou une formalité de fin de séance. Il exige une évaluation de la capacité à se maintenir assis, à contrôler les membres inférieurs et à participer au mouvement.

Le fauteuil peut offrir une meilleure position pour la respiration, l’éveil et les interactions avec l’équipe. Cependant, le patient doit rester surveillé après le transfert. La fatigue peut apparaître avec retard, notamment chez une personne qui a mobilisé des réserves limitées pour se lever.

Nous préparons donc le retour au lit avant même de commencer. Les rôles sont répartis, les freins et les appuis sont vérifiés, et les dispositifs sont organisés de façon à éviter toute traction. Cette anticipation est une composante de la sécurité, pas une précaution administrative.

6. Commencer la marche lorsque les conditions sont réunies

La marche représente l’aboutissement visible du parcours, mais elle n’est pas le seul indicateur de réussite. Elle ne doit être engagée que lorsque le patient peut supporter la station debout et coordonner ses mouvements avec sa respiration et les consignes de l’équipe.

Pour un patient intubé, la marche peut être envisagée dans certains contextes, mais elle exige une évaluation préalable particulièrement rigoureuse et une organisation adaptée. L’intubation ne suffit pas à décider; elle impose surtout de sécuriser la voie aérienne, le circuit de ventilation et l’ensemble des dispositifs pendant le déplacement.

Le parcours peut aussi régresser temporairement. Une aggravation respiratoire, une nouvelle instabilité circulatoire, une procédure invasive ou une fatigue importante peuvent conduire à revenir à la position assise ou aux exercices au lit. Cette régression ne remet pas en cause la stratégie. Elle traduit l’évolution d’un patient dont l’état n’est pas linéaire.

ÉtapeCapacité recherchéeObjectif pratiqueVigilance particulière
Positionnement et mouvements passifsAbsence de participation active ou force très limitéePréserver les amplitudes et améliorer l’installationDouleur, articulations, dispositifs invasifs
Participation au litCompréhension d’une consigne et mouvement volontaireEntretenir la force et évaluer la coopérationFatigue, confusion, sédation
Assise au bord du litContrôle partiel du tronc et tolérance à l’assisePréparer la verticalisationÉquilibre, respiration, retentissement hémodynamique
Station deboutCapacité à maintenir la jambe contre la pesanteurTester le transfert de chargeChute, faiblesse, mauvaise tolérance à l’effort
FauteuilParticipation au transfert avec aideRestaurer une position fonctionnelleSécurisation des lignes et surveillance différée
MarcheStation debout stable et coordination suffisanteReprendre un déplacement autonome ou assistéVentilation, fatigue, environnement et dispositifs

Sécurité: décider de mobiliser, mais aussi savoir interrompre

La sécurité de la mobilisation en réanimation ne repose pas sur une liste figée de valeurs. Elle dépend d’une analyse située, réalisée par l’équipe qui connaît le patient et son évolution récente.

Avant le début, nous nous posons des questions simples mais déterminantes:

  • Le patient est-il suffisamment stabilisé sur le plan hémodynamique et respiratoire pour supporter le changement de position?
  • Peut-il comprendre une consigne ou signaler une douleur et un inconfort?
  • Les dispositifs sont-ils fixés, accessibles et compatibles avec le mouvement prévu?
  • Le nombre de professionnels est-il suffisant pour le niveau d’assistance nécessaire?
  • Le fauteuil, le lève-personne ou l’aide technique sont-ils disponibles si l’étape envisagée devient trop exigeante?
  • Avons-nous défini à l’avance les signes qui imposeraient une pause ou un retour au lit?

La séance doit être interrompue ou réévaluée si la tolérance se dégrade. Une désaturation, une instabilité circulatoire, une détresse respiratoire, une agitation majeure ou une douleur non contrôlée ne sont pas des obstacles à contourner pour atteindre coûte que coûte l’objectif fixé. Ce sont des informations qui modifient l’objectif.

Le point clé est de ne pas confondre inconfort attendu et signal d’alerte. Un patient peut être essoufflé par l’effort sans présenter une complication, mais cette réponse doit être interprétée à la lumière de son état initial et de la récupération après l’arrêt. De la même manière, une faiblesse prévisible n’est pas une raison pour supprimer toute mobilisation, tandis qu’une incapacité brutale ou inhabituelle appelle une réévaluation.

Cette culture de la sécurité repose aussi sur la traçabilité utile. Nous n’avons pas besoin d’un compte rendu interminable, mais il est utile de noter le niveau atteint, la participation du patient, la tolérance et la raison d’une progression ou d’un recul. L’équipe suivante doit pouvoir comprendre ce qui a été possible et ce qui ne l’a pas été.

Une démarche collective, pas une tâche ajoutée à un seul professionnel

La mobilisation précoce fonctionne lorsqu’elle devient un objectif partagé de l’unité. Si elle dépend uniquement de la disponibilité ponctuelle du kinésithérapeute, elle risque d’être irrégulière. Si elle repose uniquement sur l’infirmier au moment des soins, elle peut être limitée par la charge de travail et le niveau de risque. Si elle n’est pas intégrée à la décision médicale, la sédation et les priorités thérapeutiques peuvent la rendre impossible.

Chaque professionnel apporte une information différente:

  • le médecin évalue la stabilité globale, les priorités thérapeutiques et l’adaptation de la sédation;
  • l’infirmier connaît la tolérance récente, la douleur, l’agitation, les dispositifs et les soins programmés;
  • le kinésithérapeute analyse les capacités motrices, la respiration, les transferts et la progression fonctionnelle;
  • l’aide-soignant contribue à l’installation, au confort, à la préparation de l’environnement et à la continuité des mobilisations quotidiennes.

Cette répartition n’a de sens que si elle s’accompagne d’un échange bref et régulier. Avant la séance, l’équipe précise l’objectif réaliste. Après la séance, elle partage le résultat: le patient a-t-il participé? A-t-il toléré l’assise? La fatigue a-t-elle été excessive? Le niveau atteint peut-il être reconduit ou faut-il revenir à une étape plus simple?

La mobilisation peut également être intégrée à des moments déjà présents dans la journée: toilette, changement de position, passage au fauteuil, séances respiratoires ou soins relationnels. Cela ne signifie pas que chaque soin doit devenir une séance intensive. Cela permet plutôt d’éviter que le patient ne reste totalement immobile entre deux interventions spécialisées.

L’organisation locale est donc déterminante. Il n’existe pas un protocole universel qui s’appliquerait de manière identique à toutes les réanimations, à tous les patients et à toutes les pathologies. Les recommandations et les démarches de réhabilitation précoce fournissent un cadre; l’équipe l’adapte aux ressources, à l’architecture du service, aux équipements et au profil des patients.

Quels bénéfices attendre sur la ventilation et la récupération?

La mobilisation précoce est souvent associée à l’objectif de réduire la durée de ventilation mécanique. Le lien est plausible sur le plan clinique: un patient qui conserve davantage de force, qui participe aux soins et qui tolère mieux la position assise peut progresser plus facilement lorsque la défaillance respiratoire s’améliore.

Une étude portant sur un protocole de mobilisation progressive précoce en soins intensifs neurologiques a rapporté une réduction de 51 % du nombre de jours sous ventilation mécanique, de 3,5 jours à 1,5 jour, après la mise en place du protocole. Ce résultat est important, mais il doit être lu dans son contexte. Il ne signifie pas que toute unité obtiendra la même réduction, ni que la mobilisation est l’unique cause de l’amélioration. Les populations étudiées, les pratiques de sédation, les ressources et les critères de sevrage varient.

Nous pouvons néanmoins retenir une idée pratique: une stratégie structurée donne à l’équipe davantage de chances de repérer rapidement les capacités du patient et de ne pas retarder inutilement les étapes de récupération. La mobilisation s’inscrit alors dans un ensemble plus large comprenant l’allègement raisonné de la sédation, le retrait précoce des dispositifs invasifs lorsque cela est possible, la prévention du délirium, la prise en charge de la douleur et la réadaptation.

Les bénéfices attendus ne se limitent pas au nombre de jours sous ventilation. Ils concernent aussi la capacité à s’asseoir, à réaliser un transfert, à communiquer, à participer à la toilette et à retrouver progressivement une autonomie. Pour certains patients, l’indicateur pertinent ne sera pas la distance parcourue, mais la capacité à maintenir une posture ou à effectuer un mouvement volontaire qui était impossible quelques jours auparavant.

Il faut également accepter que les effets soient progressifs. Une seule séance ne renverse pas l’atrophie musculaire. La valeur du protocole vient de la répétition, de la cohérence des objectifs et de la continuité entre les équipes. La mobilisation précoce devient réellement thérapeutique lorsqu’elle est présente chaque jour où elle est possible, avec un niveau ajusté à l’état du patient.

Le bon indicateur n’est pas la performance maximale d’une séance, mais la progression sûre et reproductible d’un jour à l’autre.

Adapter le parcours aux situations de réanimation

La mobilisation d’un patient en réanimation neurologique ne se raisonne pas comme celle d’un patient en choc septique encore instable. Une personne atteinte d’insuffisance respiratoire aiguë peut être limitée par la réserve ventilatoire, tandis qu’un patient traumatisé peut présenter des restrictions orthopédiques ou des dispositifs qui compliquent les transferts.

Dans le choc septique, la stabilisation hémodynamique reste prioritaire. Lorsque la situation le permet, la mobilisation peut reprendre par des étapes prudentes, avec une observation rapprochée de la tolérance. Dans l’insuffisance respiratoire aiguë, l’effort et la position doivent être mis en relation avec le travail respiratoire. Chez le patient neurologique, l’attention porte davantage sur la vigilance, les déficits, le contrôle postural et le risque de chute ou de mauvaise compréhension des consignes.

En traumatologie grave, la question n’est pas simplement de savoir si le patient a de la force. Il faut aussi connaître les restrictions de charge, les précautions liées aux fractures, les drains et les interventions récentes. En toxicologie clinique, l’évolution de la conscience peut être rapide mais irrégulière; la progression doit suivre l’état neurologique réel plutôt qu’un calendrier prédéfini.

Dans tous ces contextes, nous conservons la même logique:

1. identifier le risque dominant du moment;

2. fixer un objectif fonctionnel compatible avec ce risque;

3. préparer les personnes et le matériel;

4. mobiliser au niveau prévu;

5. observer la tolérance pendant et après le mouvement;

6. transmettre le résultat et réviser l’objectif suivant.

Cette méthode évite deux erreurs opposées. La première consiste à mobiliser sans tenir compte de la défaillance encore active. La seconde consiste à attendre une normalisation complète avant de commencer, alors que la perte musculaire et le déconditionnement se poursuivent.

Mettre en place un protocole utilisable au quotidien

Un protocole de mobilisation précoce n’a d’intérêt que s’il peut être utilisé dans les conditions réelles du service. Il doit être suffisamment clair pour harmoniser les pratiques, mais suffisamment souple pour ne pas transformer la décision clinique en procédure automatique.

Un parcours local peut préciser:

  • les professionnels à réunir selon le niveau de mobilisation;
  • les éléments de stabilité à examiner avant la séance;
  • la place du score RASS dans l’ajustement de la sédation;
  • les modalités de sécurisation des voies veineuses, drains et circuits respiratoires;
  • les étapes fonctionnelles retenues par l’unité;
  • les situations justifiant une pause, une interruption ou une réévaluation;
  • les informations à transmettre après la mobilisation.

La formation est aussi importante que le document lui-même. Une équipe qui connaît les gestes, les aides techniques et les modalités de retour au lit mobilise avec davantage de confiance. Le patient perçoit cette cohérence: les consignes sont plus simples, les rôles sont mieux répartis et les hésitations diminuent.

Nous pouvons enfin suivre quelques indicateurs pragmatiques, sans réduire la qualité de la prise en charge à des chiffres isolés: niveau maximal atteint, participation active, nombre de jours avant la première assise, premier transfert, première station debout, évolution de la sédation et tolérance des séances. Ces données servent surtout à repérer les retards évitables et les obstacles organisationnels.

La réhabilitation précoce et le retrait précoce des dispositifs invasifs s’intègrent d’ailleurs dans les démarches de réhabilitation en réanimation et dans les principes plus larges de récupération améliorée. Le fil conducteur reste le même: limiter ce qui prolonge inutilement la dépendance tout en maintenant la sécurité du patient.

Ce qu’il faut retenir au moment de mobiliser

La mobilisation précoce en réanimation n’est ni une course à la marche ni une activité réservée aux patients déjà presque autonomes. C’est une stratégie graduée qui commence au lit, avec le positionnement et les mouvements passifs, puis évolue vers la participation active, l’assise, la station debout, le fauteuil et enfin la marche lorsque les capacités et la stabilité le permettent.

Pour l’intégrer immédiatement à la pratique, nous pouvons retenir cinq repères:

  • évaluer la stabilité hémodynamique et respiratoire avant toute progression;
  • utiliser le score RASS pour mettre la sédation en cohérence avec l’objectif fonctionnel;
  • choisir une étape précise plutôt qu’un objectif vague de mobilisation;
  • sécuriser les dispositifs et répartir les rôles avant le premier mouvement;
  • documenter la tolérance afin que la séance suivante parte du bon niveau.

Le parcours est rarement linéaire. Certains jours, le patient progressera; d’autres, il faudra revenir à l’assise ou au travail au lit. Cette variabilité est normale en réanimation. Ce qui compte est de ne pas laisser l’immobilité décider à notre place.

La bonne question n’est donc pas: le patient peut-il marcher aujourd’hui? Elle est plus utile et plus exigeante: quelle capacité pouvons-nous préserver ou reconstruire aujourd’hui, sans dépasser ses réserves? C’est à partir de cette question que la mobilisation précoce devient une véritable composante des soins intensifs.

Questions fréquentes

Pourquoi la mobilisation précoce est-elle importante en réanimation ?
Elle permet de limiter le déconditionnement physique, de prévenir l'atrophie musculaire qui peut atteindre 20 % dès la première semaine, et de favoriser une récupération plus rapide après la phase aiguë.
L'intubation empêche-t-elle la mobilisation du patient ?
Non, l'intubation ne signifie pas qu'aucun mouvement n'est possible. La mobilisation reste envisageable sous réserve d'une évaluation rigoureuse et d'une sécurisation adaptée de la voie aérienne et des circuits de ventilation.
Quel rôle joue le score RASS dans la mise en mouvement ?
Le score RASS permet d'évaluer le niveau de sédation et de vigilance du patient afin d'ajuster la stratégie de mobilisation à sa capacité réelle de compréhension et de participation.
Que faire si le patient ne peut pas participer activement ?
Dans ce cas, la mobilisation peut être passive ou limitée au positionnement. Ces étapes sont essentielles pour préserver les amplitudes articulaires et préparer les mouvements futurs.
Comment savoir si une séance de mobilisation doit être interrompue ?
La séance doit être réévaluée ou arrêtée en cas de dégradation de la tolérance, comme une instabilité circulatoire, une détresse respiratoire, une douleur non contrôlée ou une agitation majeure.