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Cathéter veineux central : checklist avant la pose

Ponction artérielle passée inaperçue. Pneumothorax iatrogène. Embolie gazeuse sur cathéter mal verrouillé.

Mis à jour24 août 2026
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Cathéter veineux central : checklist avant la pose

Cathéter veineux central: checklist avant la pose

Ces trois complications du cathéter veineux central (CVC) ne sont pas des anecdotes médico-légales: elles restent, en réanimation comme aux urgences, des événements indésirables potentiellement évitables. La pose d’un CVC n’est pas un « accès veineux » comme un autre. C’est un geste invasif, qui franchit la barrière cutanée pour atteindre un gros tronc veineux. Il doit être réalisé en asepsie, avec une préparation adaptée au patient, au site choisi et au niveau d’urgence.

La check-list proposée par la HAS, en lien avec les sociétés savantes concernées, donne un cadre aux vérifications essentielles. Elle ne remplace ni le jugement clinique ni les protocoles de l’établissement. Elle sert à rendre visibles les risques avant la ponction, pendant l’insertion et après la mise en place du cathéter.

Un CVC ne se « pose » pas. Il se prépare. Chaque item vérifié en amont réduit la part d’improvisation au moment où l’aiguille entre dans le patient.

1. Évaluation pré-procédurale: les trois filtres avant le champ

Vous vous arrêtez. Avant la chlorhexidine, avant la sonde d’échographie, avant le drap stérile, vous passez trois filtres: le risque hémorragique, le risque allergique et l’anatomie du patient. En arrêt cardiorespiratoire, en choc septique ou chez un polytraumatisé instable, ces questions ne disparaissent pas. Leur hiérarchisation dépend toutefois de la situation clinique et du protocole local: en urgence vitale extrême, certaines vérifications peuvent être adaptées ou réalisées en parallèle du geste. Ce qui compte est de connaître ce qui a été vérifié, ce qui ne pouvait pas l’être et ce qui doit être tracé après la pose.

Le filtre hémorragique

Vous recherchez les éléments disponibles: numération plaquettaire, TP, INR, TCA, traitement anticoagulant ou antiagrégant, insuffisance hépatique, hémopathie, antécédent de complication hémorragique. Il ne s’agit pas d’appliquer mécaniquement un seuil isolé à toutes les voies et à tous les patients. Le risque dépend du site, de la compressibilité de la zone, de l’échoguidage, de l’indication et du rapport bénéfice-risque immédiat.

Une voie jugulaire interne échoguidée n’expose pas au même risque compressif qu’une voie sous-clavière. Une voie fémorale n’a pas les mêmes conséquences qu’une ponction cervicale chez un patient présentant une masse ou une anomalie anatomique. Vous confrontez donc les résultats biologiques au contexte, plutôt que de transformer un chiffre en interdiction automatique.

Chez un patient sous anticoagulant curatif, vous recherchez la dernière prise et vous vérifiez la conduite prévue par le protocole du service. Chez le patient dialysé, vous regardez notamment les traitements récents et les horaires utiles à la décision. Si une correction, une interruption ou une stratégie particulière est nécessaire, elle doit être discutée et tracée. La mémoire orale ne suffit pas: vous notez, vous datez, vous rendez l’information accessible à l’équipe.

Le filtre allergique

Latex, lidocaïne et autres anesthésiques locaux, chlorhexidine, povidone iodée, adhésifs des pansements occlusifs: la liste des expositions possibles est longue. Vous interrogez le patient quand il peut répondre, vous lisez le dossier et vous recherchez les réactions antérieures, en distinguant autant que possible une allergie documentée d’une simple intolérance ou d’une réaction mal caractérisée.

L’allergie à la chlorhexidine impose de vérifier quelle alternative est disponible et adaptée au site. Le choix de l’antiseptique ne se résume pas à remplacer un flacon par un autre: il faut tenir compte de la formulation, de l’intégrité cutanée et des recommandations locales. Pour le matériel, une stratégie sans latex peut être préparée si le risque est connu ou suspecté. Chez un patient inconscient, l’équipe fait avec les informations disponibles et évite les expositions non nécessaires lorsque le contexte le justifie.

L’objectif est simple: repérer le risque avant l’ouverture du kit, pas après l’apparition d’une réaction.

Le filtre anatomique

Vous inspectez le patient et vous cherchez les obstacles prévisibles: thrombose veineuse connue, sténose après un cathétérisme antérieur, fistule artério-veineuse chez un patient dialysé, cicatrice de curage ganglionnaire, infection ou brûlure au site envisagé, matériel implanté, déformation thoracique, intervention récente ou antécédent de chirurgie cervicale.

Le côté compte. Le contexte respiratoire compte. Le devenir de la voie compte aussi: un patient qui pourrait nécessiter une épuration extrarénale ou un accès durable ne se planifie pas comme un patient qui doit recevoir une perfusion transitoire. Vous choisissez le site en fonction de ce que l’anatomie et le projet de soins autorisent, pas en fonction de votre dernière pose réussie.

En urgence vitale extrême, la conduite à tenir dépend du protocole de l’établissement et de l’évaluation clinique. Les vérifications impossibles avant le geste sont reprises dès que la situation le permet et leur absence initiale est tracée.

2. Standardisation de l’asepsie: du choix de l’antiseptique à la préparation cutanée

La peau est la première barrière. La pose d’un CVC est un geste invasif à réaliser en asepsie; elle n’est pas un acte « septique par nature ». Cette distinction n’est pas sémantique. Elle rappelle que l’objectif est d’empêcher l’introduction de micro-organismes dans le site de ponction, le trajet sous-cutané et la lumière du cathéter.

Choisir l’antiseptique sans automatisme

La chlorhexidine en solution alcoolique est généralement privilégiée pour l’antisepsie cutanée avant la pose d’un CVC, sous réserve des recommandations en vigueur et de l’absence de contre-indication. La concentration et la formulation doivent correspondre au produit disponible dans l’établissement. Vous vérifiez l’étiquette, la date de péremption et les précautions d’emploi, notamment chez le nouveau-né, sur peau lésée ou à proximité d’une muqueuse.

Le badigeon couvre largement le site prévu et la zone autour de celui-ci. Vous laissez sécher spontanément selon les indications du produit. Vous n’essuyez pas l’antiseptique et vous ne soufflez pas sur la peau pour accélérer le séchage. Laisser le produit agir et sécher fait partie du geste; ce n’est pas un temps mort que l’on peut supprimer dès que le matériel est prêt.

En cas de contre-indication documentée à la chlorhexidine, une alternative est choisie selon le protocole local. La povidone iodée, notamment dans une formulation adaptée au site, peut être utilisée lorsque cela est indiqué. Une solution aqueuse n’est pas à considérer par défaut comme équivalente à une préparation alcoolique pour la peau saine: le choix doit être explicite et justifié par le contexte.

Détersion, dépilation et peau souillée

Une peau visiblement souillée doit être nettoyée avant l’antisepsie. Chez le polytraumatisé, le patient brûlé ou la personne retrouvée avec des souillures biologiques sur le site de ponction, vous retirez d’abord la contamination selon les produits et la procédure du service, puis vous rincez si nécessaire et vous séchez avant d’appliquer l’antiseptique. On ne recouvre pas une souillure avec un badigeon en espérant que le champ stérile réglera le problème.

La dépilation n’est pas systématique. Si la pilosité gêne la pose ou la fixation du pansement, une tondeuse électrique à tête adaptée est préférable. Le rasage mécanique crée des lésions cutanées et ne doit pas être utilisé pour préparer le site. Une crème dépilatoire n’a pas sa place sur une peau lésée ou dans une situation où son innocuité n’est pas assurée.

Tenue, champ et organisation du matériel

L’opérateur porte une casaque stérile à manches longues et des gants stériles. Le masque et le calot sont mis en place avant le début du geste, avec une couverture correcte de la chevelure. Le champ stérile doit être suffisamment large pour couvrir le site et préserver une zone de travail propre pendant les différentes étapes de la technique de Seldinger.

La préparation ne s’arrête pas aux vêtements. La sonde d’échographie, le câble, le gel, les robinets, les lignes, les seringues et le pansement doivent être intégrés à la logique d’asepsie. Un matériel stérile posé trop près d’une zone contaminée devient un problème avant même la ponction.

Tableau — Antiseptiques et pratiques cutanées

SituationConduite à privilégierPoint de vigilance
Peau saine, sans allergie connueAntiseptique recommandé localement, le plus souvent une chlorhexidine alcooliqueRespecter la formulation, le temps de séchage et la zone de couverture
Peau visiblement souilléeNettoyage ou détersion, puis rinçage et séchage si nécessaire avant l’antisepsieNe pas appliquer directement l’antiseptique sur une souillure importante
Contre-indication documentée à la chlorhexidineAlternative validée par le protocole de l’établissementVérifier la formulation et l’adéquation au site
Dépilation nécessaireTondeuse électrique adaptéeProscrire le rasage mécanique et la dépilation chimique sur peau lésée
Peau lésée, brûlée ou proche d’une muqueuseÉvaluation du site et antiseptique compatible avec le contexteNe pas appliquer automatiquement le même produit que sur peau saine

3. L’échoguidage comme rempart contre les complications mécaniques

L’échographie n’est pas un confort d’opérateur. C’est un outil de réduction du risque mécanique, à condition d’être utilisé correctement. Elle permet d’identifier la veine, l’artère adjacente, une thrombose ou une variation anatomique avant la ponction, puis de suivre l’aiguille et le guide au cours de l’insertion.

Voir avant de ponctionner

Vous repérez la veine dans plusieurs plans lorsque cela est nécessaire. Vous vérifiez sa compressibilité, son calibre, sa profondeur et l’absence d’élément évocateur d’une thrombose. Vous observez les structures voisines, notamment l’artère, et vous tenez compte de la respiration et de la position du patient.

La coupe transverse, longitudinale ou oblique n’est pas une religion de salle. Chaque approche a ses avantages et ses pièges. En coupe transverse, la visualisation de l’aiguille peut être partielle; en coupe longitudinale, il faut maintenir l’alignement. Dans tous les cas, l’aiguille doit être suivie activement et non supposée présente dans la veine parce que l’image semblait favorable au départ.

Vous confirmez la progression par l’aspiration de sang et par la visualisation du guide dans la lumière avant de dilater. La couleur du sang seule ne suffit pas, en particulier chez un patient hypoxémique, hypotherme ou en état de collapsus.

Sonde, gaine et gel

La sonde est protégée par une gaine stérile. Le gel utilisé entre la sonde et la peau doit être stérile, et le câble doit être correctement couvert. La mise en place de la gaine avant le badigeon ou dans une zone non stérile peut compromettre l’organisation du champ; l’équipe doit donc anticiper cette étape.

Le gel non stérile n’a pas sa place dans le trajet d’un geste invasif. Cette précaution paraît élémentaire, mais elle est souvent perdue dans les situations où l’échographe arrive au dernier moment au pied du lit.

Les limites de l’image

L’échoguidage diminue le risque de ponction artérielle, d’échec et de tentatives répétées. Il ne supprime ni le pneumothorax, ni la perforation, ni la malposition, ni les erreurs liées au guide. Une voie sous-clavière reste une voie à risque particulier, même lorsque l’image est bonne. Une thrombose partielle peut être difficile à interpréter. Une aiguille peut sortir de la lumière après avoir semblé correctement positionnée.

Vous restez donc attentif à chaque étape: reflux, progression du guide, résistance à la dilatation, longueur introduite, retour veineux dans chaque lumière et tolérance du patient. L’échographe réduit l’aveugle; il ne dispense pas de vérifier.

4. Application des neuf items de la check-list HAS en situation de réanimation

La check-list publiée par la HAS avec les sociétés savantes partenaires structure le geste autour de neuf vérifications. Elle doit être utilisée avec la version disponible dans l’établissement et avec les adaptations prévues pour la réanimation, les urgences et les situations non programmées. Ce n’est pas une formalité administrative: chaque item doit correspondre à une information vérifiée, à une action réalisée ou à une décision explicitement documentée.

Les neuf axes peuvent être parcourus ainsi:

1. Identité du patient et indication.

Vous vérifiez l’identité à partir des éléments disponibles et vous vous assurez que l’indication est claire: perfusion de médicaments vasoactifs, accès impossible par voie périphérique, nutrition parentérale, épuration extrarénale, monitorage ou autre nécessité définie par la situation. La présence d’un CVC ne doit pas devenir une habitude sans indication réévaluée.

2. Risque hémorragique.

Vous recherchez les résultats biologiques pertinents, les traitements anticoagulants ou antiagrégants et les antécédents susceptibles de modifier le risque. Si un résultat manque, vous le signalez et vous intégrez cette incertitude à la décision, plutôt que de la masquer derrière une case cochée.

3. Allergies et intolérances.

Latex, antiseptiques, anesthésiques locaux, adhésifs et composants particuliers du matériel sont recherchés. Le matériel de remplacement doit être disponible avant le début de la procédure.

4. Anatomie et contre-indications du site.

Vous évaluez les cicatrices, les infections cutanées, les thromboses connues, les dispositifs implantés et les antécédents de cathétérisme. L’échographie pré-ponction complète l’examen clinique, elle ne l’efface pas.

5. Information et consentement lorsque la situation le permet.

Chez un patient conscient, vous expliquez le but du geste, ses principales étapes et ses risques. Dans l’urgence, l’impossibilité d’obtenir un consentement formel n’est pas traitée comme une omission banale: le contexte, la nécessité du geste et les éléments disponibles sont tracés conformément aux règles de l’établissement.

6. Site d’insertion et côté.

Le site retenu est identifié et le choix peut être justifié lorsqu’il s’écarte de la stratégie habituelle. Une alternative est envisagée si le premier site présente une thrombose, une infection ou une difficulté technique non anticipée.

7. Préparation cutanée et barrières stériles.

Antiseptique adapté, dépilation à la tondeuse si nécessaire, séchage spontané, masque, calot, casaque, gants et champ stériles: la séquence doit être complète. L’asepsie n’est pas une impression générale; elle repose sur des étapes observables.

8. Matériel adapté et vérifié.

Vous contrôlez le type de cathéter, le nombre de lumières, le calibre, la longueur, le guide, le dilatateur, les seringues, les robinets, les lignes, le dispositif de fixation et le pansement. Vous vérifiez l’intégrité de l’emballage et la date de péremption. Le contenu exact de la vérification suit le kit et le protocole du service.

9. Surveillance après insertion et réévaluation de l’indication.

Vous prévoyez la confirmation de la position de l’extrémité et la recherche d’une complication selon le site, la technique utilisée et le protocole local. Une radiographie thoracique peut être indiquée dans certaines situations; dans d’autres, une méthode de confirmation échographique ou électrocardiographique est retenue par l’établissement. Vous surveillez le point de ponction, le pansement, les perfusions et la tolérance clinique. Enfin, la date de réévaluation et de retrait est anticipée.

La check-list ne prétend pas rendre le geste infaillible. Elle empêche surtout que des informations importantes restent dispersées entre le dossier, le chariot et la mémoire de plusieurs professionnels.

La grille n’est pas un paraphe administratif. C’est la trace que vous avez pensé le geste. Vous l’intégrez au dossier, vous la datez et vous la complétez selon la situation réelle. Une case impossible à renseigner avant la pose doit être reprise et expliquée dès que l’état du patient le permet.

5. Gestion des spécificités matérielles et des contre-indications anatomiques

Vous n’allez pas au plus facile. Vous allez au plus sûr pour ce patient. Le choix du site engage le risque mécanique, le risque infectieux, la possibilité de compression en cas de saignement et la durée d’utilisation de la voie.

Tableau — Choix du site en fonction du contexte

SiteAtouts principauxRisques ou limitesPrécautions
Jugulaire interneRepérage échographique accessible; compression possible en cas de ponction artériellePonction carotidienne, malposition, risque pleural selon l’anatomieÉchoguidage en temps réel et évaluation du côté à privilégier
Sous-clavièreConfort, stabilité de la fixation, intérêt possible pour certaines utilisations prolongéesPneumothorax, saignement difficilement compressible, sténose veineuseSélection rigoureuse du patient, échoguidage selon les compétences et le protocole
FémoraleAccès rapide en situation critique; absence de risque pleuralMobilisation limitée, thrombose et infection à prendre en compteAsepsie rigoureuse, surveillance rapprochée et retrait dès que la voie n’est plus nécessaire
Basilique ou axillaire, notamment pour un PICCPas de ponction thoracique directe; insertion échoguidée souvent accessibleMalposition, thrombose, contraintes liées à la durée de maintienIndication précise, choix du calibre et contrôle de l’extrémité selon le protocole

Ces profils ne constituent pas un classement universel. La meilleure voie dépend du patient, de l’opérateur, de l’échographie disponible, de l’indication et de la durée prévue.

Choisir le cathéter selon l’indication

Un cathéter monolumière peut suffire lorsqu’une seule perfusion compatible est nécessaire. Les dispositifs à plusieurs lumières répondent à des besoins de réanimation où plusieurs produits doivent être administrés séparément; ils ne doivent pas pour autant être choisis par défaut si une configuration plus simple répond au besoin.

Le cathéter de dialyse est conçu pour un débit et une utilisation spécifiques. Il ne se manipule pas comme une voie veineuse centrale standard: les lumières, les connexions et les verrouillages suivent le protocole de néphrologie ou de réanimation.

Les cathéters imprégnés d’antimicrobiens, notamment certains dispositifs associant chlorhexidine et antibiotique, ne sont pas destinés à la tunnellisation longue durée en première intention. Ils peuvent être envisagés pour certains CVC de courte durée lorsque le risque infectieux reste élevé malgré l’application rigoureuse des mesures préventives, et lorsque cette option est retenue par le protocole ou l’équipe référente. Leur utilisation n’est pas systématique: elle doit répondre à une évaluation locale du risque, du bénéfice attendu et des alternatives disponibles.

Vérifier le matériel sur la table

Vous contrôlez le cathéter au moment de la préparation. Vous vérifiez l’emballage, la stérilité, la date de péremption, l’intégrité du guide et la présence des éléments nécessaires. Vous purgez les lumières conformément au protocole, vous préparez les seringues et vous organisez les robinets et les lignes avant que le geste ne commence.

Le nombre de lumières doit correspondre au projet de soins. Le calibre et la longueur doivent être cohérents avec le site et l’objectif. Un cathéter trop long, trop court ou inutilement complexe augmente le risque de mauvaise position, de manipulation et d’erreur de connexion. Tout emballage endommagé ou tout matériel dont la stérilité est douteuse est écarté.

Les contre-indications ne sont pas toujours absolues

Une infection cutanée au point de ponction, une thrombose du vaisseau envisagé, une fistule artério-veineuse ou une anatomie modifiée peuvent imposer de changer de site. Les troubles de l’hémostase, eux, appellent une appréciation du risque et une stratégie adaptée plutôt qu’une réponse identique dans toutes les situations.

Chez un patient dialysé, la préservation du capital veineux est un enjeu majeur. Une voie apparemment pratique peut compromettre un abord futur. Chez un patient ventilé ou présentant une pathologie thoracique sévère, le risque pleural doit peser dans le choix du site. Chez un patient agité ou difficile à mobiliser, la fixation et l’accessibilité du pansement deviennent des critères concrets, pas des détails de confort.

6. Pièges immédiats et signaux d’alarme

Quelques incidents sont évitables si l’on accepte de ralentir au bon moment. La check-list ne remplace pas la surveillance pendant le geste: elle attire l’attention sur les étapes où une erreur peut se transformer en complication.

  • Guide métallique inséré trop loin.

Une progression excessive peut provoquer des troubles du rythme ou une lésion intracardiaque. Vous contrôlez la longueur introduite, vous gardez la main sur le guide et vous ne le lâchez jamais. Une résistance ou une douleur inhabituelle impose de s’arrêter et de réévaluer.

  • Dilatateur avancé avec force.

Le dilatateur franchit la peau et les tissus préparés; il ne doit pas être poussé contre une résistance importante. Si la progression ne se fait pas comme prévu, vous vérifiez l’axe, la position du guide et le site avant de poursuivre.

  • Confirmation veineuse fondée sur la couleur du sang.

Le sang sombre n’est pas une preuve suffisante. En hypoxémie, en hypothermie ou en collapsus, l’aspect du reflux peut être trompeur. Vous utilisez les moyens de confirmation disponibles: échographie, transduction de pression, analyse adaptée ou autre méthode validée localement.

  • Malposition de l’extrémité.

Une voie qui donne un reflux ne garantit pas que l’extrémité est correctement positionnée. La confirmation dépend du site, de la technique et du protocole de l’établissement. Tant que la position n’est pas validée, vous évitez les usages qui pourraient exposer le patient à une complication.

  • Pansement humide, souillé ou décollé.

Vous ne le laissez pas en place jusqu’à la prochaine échéance prévue. Un pansement souillé, humide ou décollé doit être remplacé sans attendre, avec une nouvelle préparation et une technique aseptique. La surveillance régulière permet aussi de repérer une rougeur, une douleur, un écoulement, un saignement ou une perte de fixation.

  • Pansement intact mais non surveillé.

Vous renseignez la date de pose, vous vérifiez régulièrement son état et vous appliquez le calendrier de changement prévu par le protocole local pour le type de pansement utilisé. La visualisation du point d’insertion ne dispense pas de rechercher les signes cliniques d’infection.

  • Cathéter inutilement laissé en place.

L’indication doit être réévaluée. Il n’existe pas de durée universelle au-delà de laquelle un CVC deviendrait automatiquement infecté, mais chaque jour d’utilisation expose à des manipulations et à des complications potentielles. Vous retirez la voie dès qu’elle n’est plus nécessaire, si l’état du patient et le projet thérapeutique le permettent.

  • Fausse sécurité liée à l’absence de signe immédiat.

Une complication infectieuse liée au cathéter n’a pas de délai fixe. Elle peut se manifester précocement ou plus tard, et son diagnostic repose sur l’examen clinique, le contexte, les prélèvements et l’analyse globale du patient. Fièvre, frissons lors de la perfusion, instabilité inexpliquée, douleur ou inflammation au point d’insertion doivent faire réévaluer la voie.

En réanimation, le cathéter qui pose problème est parfois celui que l’on oublie de réévaluer. L’indication, le pansement, les connexions et le point d’insertion doivent rester sous surveillance aussi longtemps que la voie reste en place.

Position de sortie: la pose comme discipline

La pose d’un cathéter veineux central reste un geste quotidien de réanimation et de médecine d’urgence. Sa banalisation est sa première difficulté. Vous la traitez comme un acte invasif à réaliser en asepsie, pas comme un simple accès veineux rapide.

Vous évaluez le risque hémorragique, les allergies et l’anatomie avant d’ouvrir le champ. Vous choisissez le site en tenant compte du patient et du devenir de la voie. Vous préparez l’antiseptique, la sonde, la gaine, le gel, le cathéter et le pansement avant la ponction. Vous utilisez l’échographie pour identifier le vaisseau et suivre l’aiguille, sans lui demander de garantir à elle seule la sécurité du geste. Vous parcourez les neuf vérifications de la check-list HAS en vous appuyant sur la version et les procédures de l’établissement.

Après l’insertion, la surveillance continue: confirmation de la position selon le contexte, contrôle du point de ponction, état du pansement, traçabilité des manipulations et réévaluation quotidienne de l’indication. Un pansement humide, souillé ou décollé est remplacé sans attendre. Un cathéter imprégné n’est pas une solution automatique: il relève d’une indication ciblée lorsque le risque infectieux demeure élevé malgré les mesures préventives. Et une infection liée au cathéter ne se résume jamais à une échéance fixe.

La checklist n’est pas là pour donner une illusion de maîtrise. Elle sert à rendre chaque décision visible, discutable et traçable. C’est cette discipline — avant, pendant et après la pose — qui transforme un geste à risque en procédure maîtrisée.

Questions fréquentes

Quels éléments vérifier avant la pose d’un cathéter veineux central ?
Il faut évaluer le risque hémorragique, les allergies et l’anatomie du patient, puis vérifier l’indication, le site prévu, le matériel et les mesures d’asepsie. La conduite dépend aussi de l’urgence clinique et du protocole de l’établissement.
Quel antiseptique utiliser avant la pose d’un cathéter veineux central ?
La chlorhexidine en solution alcoolique est généralement privilégiée pour l’antisepsie cutanée, en l’absence de contre-indication et selon les recommandations en vigueur. En cas de contre-indication documentée, une alternative validée par le protocole local peut être utilisée.
L’échographie rend-elle la pose d’un cathéter veineux central sans risque ?
Non. L’échoguidage aide à repérer la veine, l’artère et certaines anomalies, et réduit plusieurs complications mécaniques, mais il ne supprime ni le pneumothorax, ni la perforation, ni la malposition, ni les erreurs liées au guide.
Quand faut-il remplacer le pansement d’un cathéter veineux central ?
Un pansement humide, souillé ou décollé doit être remplacé sans attendre, avec une nouvelle préparation et une technique aseptique. Son état doit être vérifié régulièrement selon le protocole local.
Quand retirer un cathéter veineux central ?
L’indication doit être réévaluée régulièrement et le cathéter doit être retiré dès qu’il n’est plus nécessaire, si l’état du patient et le projet thérapeutique le permettent. La surveillance doit aussi rechercher une douleur, une rougeur, un écoulement, un saignement ou des signes d’infection.