Système de santé : le plaidoyer du Pr David Smadja pour une priorité à la prévention
Selon Presse Agence, le professeur David Smadja défend une refondation du système de santé français centrée sur la prévention.

À l’appui de son plaidoyer, l’hématologue de l’AP-HP avance un contraste budgétaire marqué: près de 12 % du PIB seraient consacrés à la santé, contre moins de 2 % à la prévention. Pour les professionnels de l’anesthésie-réanimation, le sujet dépasse le débat institutionnel: il pose la question de ce qui est financé avant l’arrivée du patient à l’hôpital, et de ce qui reste à traiter dans l’urgence.
Une thèse politique, pas encore une démonstration comparative
Le professeur Smadja publiera le 28 août La République de la prévention, aux éditions LEH. Il y soutient que le modèle français reste principalement organisé autour de la prise en charge des conséquences, plutôt que de la réduction des causes. Son diagnostic vise notamment les maladies chroniques et les troubles associés aux comportements et à l’environnement, parmi lesquels le diabète, l’obésité et les troubles anxieux.
Le chiffre avancé est structurant, mais il doit être lu avec prudence. La dépense totale de santé et la dépense de prévention ne recouvrent pas nécessairement les mêmes périmètres comptables. Le dossier ne précise ni la définition retenue pour la prévention, ni la méthode de comparaison internationale, ni l’intervalle temporel des données. La référence au Canada, présenté à 6 %, et au Danemark, à 8 %, ne suffit donc pas à établir une supériorité de modèle.
Je ne considérerais pas cet écart comme une preuve causale d’un épuisement du système. C’est un signal politique. Pour en faire un résultat exploitable, il faudrait documenter les postes budgétaires, les populations concernées, les effets mesurés et le délai entre investissement préventif et bénéfice sanitaire.
La jeunesse comme terrain d’intervention précoce
Le plaidoyer place la jeunesse au centre de la stratégie. Santé mentale, harcèlement, sédentarité et addictions numériques sont présentés comme des fragilités interdépendantes. L’école deviendrait alors un lieu de détection précoce, avant que ces vulnérabilités ne deviennent critiques.
Cette proposition intéresse directement la santé publique, mais elle ne constitue pas un protocole clinique. Aucun dispositif de dépistage, aucun seuil d’alerte et aucun indicateur de performance ne sont détaillés dans les éléments disponibles. Pour les équipes hospitalières, le point à suivre est donc moins l’annonce d’un nouveau programme que la capacité à relier prévention, éducation, santé mentale et parcours de soins sans transférer de nouvelles missions vers l’hôpital sans ressources dédiées.
La santé publique ne se résume pas à la gestion des pandémies. Un autre contenu de Radio-Canada rappelle son articulation avec l’éducation, la petite enfance, les organismes communautaires et les politiques urbaines. Cette approche élargit utilement le périmètre, mais elle rend l’évaluation plus complexe: les interventions sont multisectorielles, les effets différés et les responsabilités dispersées.
Ce que les établissements doivent surveiller
Le professeur Smadja propose également la création d’un statut de fondation hospitalo-universitaire publique. L’objectif annoncé serait de permettre aux CHU de mobiliser des ressources complémentaires pour la recherche, l’innovation et la transformation numérique, tout en maintenant leur mission de service public. Il insiste aussi sur un rapprochement entre les décisions et les réalités du terrain.
L’enjeu opérationnel est clair: une réforme de financement ne vaut que par ses garde-fous. Il faudra vérifier l’origine des ressources, leur fléchage, les critères d’allocation et la gouvernance. Le financement complémentaire ne doit pas devenir un substitut silencieux au financement socle, ni déplacer les priorités vers les projets les plus visibles au détriment des besoins de soins.
La présentation nationale de l’ouvrage est prévue à Sens, lors de la troisième Université d’été du Laboratoire de la République. Le professeur Smadja y animera, le vendredi 28 août de 14 h à 15 h 45, une table ronde sur la refondation de la santé publique, avec notamment Xavier Bertrand et Frédéric Valletoux.
Verdict: proposition pertinente comme agenda de débat, insuffisamment documentée pour guider seule une décision clinique, budgétaire ou organisationnelle.