Optimiser la prise en charge de la douleur aiguë aux urgences par des protocoles infirmiers
La publication récente d'une revue systématique et méta-analyse dans Cureus remet en lumière un sujet que nous croisons chaque semaine au bloc: la prise en charge de la douleur aiguë dès l'arrivée aux urgences.

Intitulée « Structured Analgesia Pathways, Including Nurse-Initiated Approaches, for Acute Pain in Emergency Departments », elle propose de structurer les protocoles analgésiques, y compris en laissant une place plus grande à l'initiation infirmière. Pour nous, anesthésistes-réanimateurs, ce n'est pas un détail organisationnel: c'est souvent en amont de notre intervention que se joue la qualité de l'analgésie, et donc le confort postopératoire, voire la chronification de la douleur.
Ce que change un protocole structuré
En pratique, le point clé d'un tel dispositif tient en quelques décisions simples: qui déclenche l'analgésie, avec quel score de douleur validé, et selon quel palier. La revue souligne, selon le résumé accessible, l'intérêt d'autoriser l'infirmier d'accueil à initier un antalgique — typiquement du paracétamol ou un AINS — dès la classification de tri, sans attendre la prescription médicale formalisée. Le raisonnement est cohérent avec ce que nous observons: le délai à la première dose, et l'on sait que ce délai conditionne en partie la consommation ultérieure d'opioïdes.
Pour notre pratique, la leçon est directement applicable. Si vous travaillez dans une structure où l'interface urgences–bloc n'est pas encore formalisée, c'est le bon moment pour proposer une fiche commune. Vérifiez trois points: le score de douleur utilisé (EN chez l'adulte communicant, EVN ou hétéro-évaluation chez le patient non communiquant, échelle pédiatrique adaptée selon l'âge); la possibilité de déclencher d'emblée un palier 1 non opioïde sur protocole de coopération; et la traçabilité de la réévaluation à trente minutes, qui ferme la boucle avant le relais par l'équipe médicale.
À garder en tête cette semaine
Deux éléments de contexte prolongent utilement la réflexion. D'une part, l'approche multimodale — combiner des classes pharmacologiques différentes, voire y associer des moyens non pharmacologiques, pour réduire les doses de chaque molécule — reste le fil rouge des discussions analgésiques actuelles. La communication de Roberto Campos Jeldres à SIOP 2026 sur les approches non pharmacologiques en douleur palliative pédiatrique s'inscrit dans cette même logique, transposée à un terrain où les opioïdes sont à manier avec une prudence particulière. D'autre part, le message à retenir pour nous est clair: la douleur aiguë ne commence pas au bloc opératoire, elle commence au triage. Un protocole écrit, partagé avec les urgences, modifie la trajectoire du patient bien avant l'induction anesthésique — et c'est précisément là que nous pouvons agir, même sans être physiquement présents dans le service d'accueil.