Risque médicolégal en ophtalmologie : sécuriser les sédations et anesthésies locales
D'après un décryptage récent publié par Anesthesiology News, une revue détaillée des contentieux en chirurgie ophtalmologique pointe des défaillances récurrentes de sécurité périopératoire et insiste…

D'après un décryptage récent publié par Anesthesiology News, une revue détaillée des contentieux en chirurgie ophtalmologique pointe des défaillances récurrentes de sécurité périopératoire et insiste sur la nécessité d'une surveillance renforcée lors des anesthésies locales et des sédations. Presque simultanément, comme le rapporte l'ESAIC, le consortium SAFEST, soutenu pendant quatre ans par le programme Horizon Europe, vient de présenter ses recommandations standardisées et ses outils pratiques destinés à renforcer la sécurité des patients en chirurgie et en anesthésie à l'échelle européenne. Deux actualités qui, lues ensemble, dessinent une même feuille de route pour nos blocs: structurer davantage la surveillance, même dans les prises en charge jugées « légères ».
Ce que la jurisprudence ophtalmologique nous enseigne
En pratique, l'ophtalmologie reste souvent perçue comme un terrain à faible risque: anesthésie topique ou locale, sédation légère, geste court, patient ambulatoire. Le contentieux recensé par Anesthesiology News rappelle pourtant que cette perception est trompeuse. Les défaillances identifiées comme récurrentes concernent la surveillance périopératoire, et tout particulièrement les phases d'anesthésie locale et de sédation, où la marge d'erreur sur le monitorage et l'évaluation clinique se paie directement en complications, parfois graves.
Le point clé pour nous, en salle: aucune anesthésie, aussi « mineure » soit-elle en apparence, ne dispense d'un cadre de surveillance explicite. Cela commence par la définition claire, en amont, des paramètres monitorés, de la fréquence des relevés et des critères d'alerte — et cela se prolonge par une traçabilité rigoureuse, y compris en ambulatoire.
Les outils SAFEST à portée de bloc
De son côté, l'ESAIC souligne l'aboutissement de quatre années de travaux du consortium SAFEST, financé par le programme Horizon Europe. L'ambition affichée: fournir aux équipes européennes des recommandations standardisées et des outils pratiques directement applicables au quotidien, pour renforcer la sécurité des patients en chirurgie et en anesthésie. Le signal est clair — des ressources structurées, pensées par et pour les praticiens, existent et circulent désormais via les canaux de la Société européenne.
Concrètement, cela vaut la peine de consulter la page dédiée du projet et les ressources relayées par l'ESAIC: la majorité de ces livrables sont conçus pour s'intégrer à nos protocoles existants plutôt que pour les bouleverser. Pour une équipe qui n'a pas encore formalisé sa démarche sécurité périopératoire, c'est souvent un point d'entrée plus opérationnel que de repartir d'une page blanche.
Trois réflexes à intégrer dès la prochaine vacation
Pour transformer cette double actualité en action, voici trois réflexes à vérifier dès votre prochain programme opératoire:
- Formaliser le protocole de surveillance pour chaque anesthésie locale ou sédation: paramètres monitorés, fréquence des relevés et critères d'alerte doivent être écrits — pas seulement implicites dans la tête du MAR.
- Vérifier la traçabilité: monitorage, constantes, événements, conditions de transfert — tout doit figurer au dossier, même pour les actes les plus courts.
- S'approprier les ressources SAFEST relayées par l'ESAIC: recommandations standardisées, checklists et outils pratiques sont à confronter à nos pratiques locales pour identifier les écarts, puis prioriser ceux qui ont le plus d'impact clinique.
En somme, le message à retenir est simple: la sécurité périopératoire ne se négocie pas en fonction de la durée du geste ni du type d'anesthésie. Les contentieux ophtalmologiques le rappellent avec force, et les travaux SAFEST nous donnent, en parallèle, des leviers concrets pour progresser. À nous de les activer, vacation après vacation.