ALR échoguidée : checklist de sécurité avant le bloc
7,5 erreurs de côté pour 10 000 interventions, soit 0,75 pour 1 000. Ce chiffre ne décrit pas une moyenne à arrondir ni un risque théorique à reléguer dans une présentation qualité.

ALR échoguidée: checklist de sécurité avant le bloc
Le chiffre qui doit vous réveiller
Il rappelle surtout qu’une erreur de latéralité peut survenir malgré une organisation rodée, une indication connue et un échographe parfaitement disponible.
Il faut toutefois éviter de transformer ce taux en prédiction individuelle. Dans un centre qui réalise 2 000 ALR par an, on ne peut pas annoncer mécaniquement un nombre attendu d’événements. La statistique décrit une fréquence observée dans une population et un contexte donnés, pas le calendrier des accidents d’un établissement. Ce qu’elle dit, en revanche, est très concret: l’erreur de côté est rare, mais suffisamment grave et suffisamment évitable pour justifier plusieurs barrières successives.
L’échoguidage ne neutralise pas ce risque. Il améliore le ciblage anatomique, aide à identifier les structures vasculaires et permet de suivre la progression de l’aiguille. Il ne vérifie ni l’identité du patient, ni l’indication opératoire, ni le côté à traiter. La confusion se joue en amont: marquage, vérification croisée, échange avec le patient, cohérence du dossier et time-out. Si l’une de ces étapes est absente, la sonde échographique ne vous sauvera pas.
L’étude OMS publiée en 2009 dans le NEJM a montré qu’après l’introduction d’une check-list opératoire, la mortalité passait de 1,5 % à 0,8 % et les complications postopératoires de 11,0 % à 7,0 %. La baisse des complications n’est donc pas une division par deux: elle reste néanmoins suffisamment importante pour rappeler la valeur d’une procédure simple, répétée et partagée par toute l’équipe.
En France, la check-list « Sécurité des soins au bloc opératoire » est devenue obligatoire dans les établissements de santé à partir du 1er janvier 2010. Pourtant, sur le terrain, le time-out propre à l’ALR peut rester une zone de friction. On connaît la procédure, on l’applique par habitude, on remplit parfois le support après le geste plutôt qu’avant. C’est précisément là que le dispositif perd sa fonction. Une case cochée ne constitue pas une vérification si personne n’a réellement arrêté la procédure pour confronter les informations.
De l’étude OMS à l’obligation HAS: le cadre de sécurité
Trois repères structurent la démarche.
- 2009 — l’OMS publie dans le NEJM l’étude pilote sur la check-list opératoire. Les résultats montrent l’intérêt d’une séquence standardisée, conduite par l’équipe plutôt que portée par une seule personne.
- 1er janvier 2010 — la check-list « Sécurité des soins au bloc opératoire » devient obligatoire dans les établissements de santé français.
- Octobre 2025 — le Flash Sécurité Patient CFAR/HAS consacré à la prévention des erreurs de côté en ALR remet cette question au premier plan et rappelle que la latéralité doit être sécurisée avant le geste.
La check-list n’est pas un document isolé. Elle s’insère dans une organisation: le dossier doit être accessible, le patient doit pouvoir être interrogé lorsque son état le permet, le marquage doit être visible et l’équipe doit savoir qui conduit la vérification. Une procédure sans responsable identifié devient vite un rituel muet.
Les trois temps de la check-list opératoire ont chacun leur utilité:
| Temps | Moment | Objectif principal |
|---|---|---|
| Sign-in | Avant l’induction anesthésique | Vérifier l’identité, l’intervention, le site, les allergies, le risque de difficulté des voies aériennes et la disponibilité du matériel nécessaire |
| Time-out | Avant le geste invasif ou l’incision, selon l’organisation | Faire confirmer par l’équipe le patient, le côté, le geste prévu, les risques particuliers et les éléments indispensables à la sécurité |
| Sign-out | Avant la sortie de salle | Confirmer le geste réalisé, le comptage, l’identification des prélèvements éventuels et les consignes postopératoires |
En ALR, le time-out ne doit pas être absorbé par celui de la chirurgie. Une ponction périphérique peut précéder l’incision, être réalisée dans une autre salle ou se dérouler alors que l’équipe chirurgicale poursuit sa propre préparation. Le bloc régional a donc besoin d’un arrêt clairement identifié, avec les personnes directement impliquées dans l’injection.
La check-list n’est pas un formulaire administratif. C’est un arrêt organisé qui permet à plusieurs professionnels de confronter des informations avant qu’une décision irréversible ne soit prise.
Marquage et vérification croisée: les remparts contre l’erreur de côté
L’erreur de latéralité est un événement indésirable grave particulièrement surveillé en ALR. Le scénario n’est pas toujours spectaculaire. Il peut résulter d’une succession de petites omissions: une consultation réalisée plusieurs jours auparavant, un patient qui répond de manière ambiguë sous prémédication, un dossier où le côté apparaît à plusieurs endroits, un marquage absent ou peu visible, puis une vérification orale effectuée alors que chacun pense déjà connaître la réponse.
Le risque augmente lorsque l’équipe confond familiarité et confirmation. Tout le monde croit savoir quel côté doit être bloqué, mais personne ne s’arrête pour le dire et le confronter aux autres sources.
Le marquage du site
Le marquage doit être réalisé sur la peau, du côté à opérer, selon la procédure de l’établissement. Il doit rester visible après l’installation du patient et avant la préparation cutanée. Un repère placé sur un schéma, dans le dossier ou sur le lit ne remplace pas le marquage cutané: ces supports peuvent être déplacés, mal interprétés ou ne plus être consultables au moment de la ponction.
Le geste peut être effectué en consultation préopératoire ou avant l’entrée en salle, à condition que le patient, le site et l’intervention soient clairement identifiés. Le professionnel qui marque doit être habilité par l’organisation locale. Le repère ne doit pas être placé sur une zone qui sera retirée, recouverte ou désinfectée au point de devenir illisible.
Avant la pose du champ, l’équipe doit pouvoir répondre à trois questions simples:
- Le marquage est-il présent?
- Est-il du bon côté et associé au bon geste?
- Reste-t-il visible dans la position prévue pour l’ALR?
Si le marquage est absent, ambigu ou incompatible avec le dossier, la procédure s’arrête. On ne complète pas l’information par intuition et on ne demande pas à l’équipe de « faire au mieux ». La discordance doit être résolue à la source, avec le chirurgien, l’anesthésiste, le patient lorsque cela est possible et les documents de référence.
La vérification croisée
La latéralité doit être confirmée à partir de sources distinctes, et non répétée par une seule personne. La vérification peut s’appuyer sur:
1. Le patient, lorsqu’il est conscient et en mesure de répondre. La question doit être ouverte: on lui demande quel geste est prévu et de quel côté, sans lui souffler la réponse.
2. Le dossier médical, notamment l’indication, le consentement et les éléments d’imagerie disponibles.
3. Le marquage cutané, vérifié directement sur le patient.
Ces éléments ne sont pas interchangeables. Un patient peut se tromper, un dossier peut contenir une mention contradictoire et un marquage peut avoir été réalisé au mauvais endroit. Leur concordance est le signal de sécurité; leur divergence est un motif d’arrêt.
La vérification doit également prendre en compte les situations qui rendent la réponse du patient moins fiable: sédation, troubles cognitifs, barrière linguistique, douleur intense, urgence, transfert récent ou changement de programme opératoire. Dans ces cas, la traçabilité et la confrontation des informations prennent davantage de poids. La précipitation ne constitue pas une dérogation à la sécurité; elle impose au contraire de clarifier qui décide et comment l’équipe vérifie.
Le bloc régional ne se résume pas au côté
Le côté n’est que le premier élément du time-out ALR. L’équipe doit aussi s’assurer que le bloc prévu correspond à l’intervention, à la position du patient et à l’objectif recherché. Un bloc fémoral, un bloc du canal des adducteurs ou un bloc sciatique poplité ne répondent pas au même besoin et n’exposent pas aux mêmes limites fonctionnelles.
Avant la ponction, l’opérateur annonce clairement:
- l’identité du patient;
- le côté;
- le type de bloc;
- l’objectif du bloc;
- la molécule, la concentration, le volume prévu et la dose totale calculée;
- les risques particuliers du patient;
- les modalités de surveillance et la conduite à tenir en cas de complication.
L’équipe confirme ensuite ces informations. Cette reformulation n’est pas une formalité linguistique: elle permet de détecter une divergence entre le plan anesthésique, la prescription et le matériel préparé.
Le time-out en ALR: l’étape critique avant l’injection
Vous avez votre sonde, votre aiguille, votre anesthésique local. Vous visualisez le nerf et vous avez déjà installé le patient. C’est précisément le moment de s’arrêter. La pression temporelle est forte: l’équipe chirurgicale attend, le patient est positionné, la cible paraît évidente. Pourtant, une injection ne doit pas commencer parce que tout semble prêt. Elle commence lorsque les informations critiques ont été vérifiées.
Le time-out ALR doit être bref, audible et conduit avant la ponction ou, au plus tard, avant toute injection. Il ne consiste pas à lire rapidement une liste pendant que l’opérateur prépare déjà l’aiguille. L’opérateur doit pouvoir interrompre le geste si une réponse manque.
Les points à vérifier avant la ponction
1. Identité du patient
Le bracelet, le dossier et l’interrogation du patient ou de l’accompagnant sont concordants. L’identification ne repose pas uniquement sur la présence dans une salle ou sur la reconnaissance visuelle.
2. Intervention et côté
Le geste programmé, le côté opératoire et le côté du bloc sont annoncés sans ambiguïté. Toute discordance avec le marquage ou le dossier entraîne un arrêt.
3. Type de bloc et objectif
L’équipe sait si le bloc est destiné à l’analgésie, à l’anesthésie, à une stratégie d’épargne morphinique ou à un complément de prise en charge. Le résultat attendu doit rester compatible avec les limites du bloc choisi.
4. Anesthésique local
La molécule, la concentration et le volume sont vérifiés. La dose totale est calculée en tenant compte des autres injections éventuelles, des blocs associés et des facteurs de risque du patient. Une seringue non étiquetée ou préparée par un professionnel qui n’est plus présent doit être écartée.
5. Allergies et contre-indications
Les allergies connues, les traitements anticoagulants ou antiagrégants, les troubles de l’hémostase, l’infection au point de ponction et les déficits neurologiques préexistants sont recherchés. La décision concernant le délai à respecter en cas de traitement antithrombotique s’appuie sur les recommandations en vigueur et le contexte du geste.
6. Surveillance et accès veineux
Le monitorage adapté est installé, la voie veineuse est fonctionnelle lorsque le contexte l’exige et l’équipe sait qui surveille le patient pendant le geste. L’ALR n’est pas une procédure « légère » au sens où elle permettrait de diminuer la vigilance.
7. Échographe et environnement
La sonde, la housse stérile, le gel stérile, les câbles et l’écran sont disponibles. La position du patient permet un accès aux voies aériennes et au matériel de réanimation. L’opérateur ne doit pas choisir entre la visibilité de l’écran et la surveillance clinique.
8. Aiguille et trajectoire
La longueur et le calibre sont adaptés à la profondeur et à la technique. L’aiguille est conçue pour être visualisée à l’échographie et la progression se fait sous contrôle continu lorsque la technique le permet. Le type de biseau ne se résume pas à une étiquette commerciale: il doit correspondre au geste prévu.
9. Plan de secours
En cas de mauvaise visualisation, de douleur inhabituelle, de ponction vasculaire, de paresthésie persistante ou de résistance à l’injection, chacun sait que l’on arrête et que l’on réévalue. Le plan de secours comprend aussi la disponibilité du matériel et des médicaments nécessaires à la prise en charge d’une toxicité systémique des anesthésiques locaux.
10. Validation collective
L’équipe confirme que les informations sont concordantes et que le geste peut commencer. La validation doit avoir lieu avant l’injection, pas au moment de la traçabilité finale.
Vous n’injectez pas un milligramme d’anesthésique local avant que l’identité, le côté, le bloc, la dose et la surveillance aient été confirmés. L’échographie améliore la précision; elle ne remplace pas la décision partagée.
[!WARNING]
Considérer que l’échoguidage rend le time-out superflu est une erreur de raisonnement. La sonde sécurise la cible anatomique. Elle ne corrige ni une confusion de patient, ni une confusion de côté, ni une dose mal calculée.
Protocoles de surveillance post-bloc: les durées minimales recommandées
La fin de l’injection n’est pas la fin de la surveillance. Les complications peuvent apparaître pendant le geste, dans les minutes qui suivent ou après le transfert. La durée et le niveau de surveillance dépendent du type de bloc, de l’anesthésique utilisé, de la dose totale, de l’association avec une anesthésie générale ou une sédation, de l’état du patient et de l’organisation du parcours.
Selon les RFE SFAR 2016 mentionnées dans le protocole de référence, lorsqu’un bloc périphérique est réalisé seul, les durées minimales recommandées sont les suivantes:
| Type de bloc | Durée minimale de surveillance |
|---|---|
| Membre supérieur | 30 minutes |
| Membre inférieur | 60 minutes |
Ces durées constituent un socle, pas une autorisation de sortie automatique. Une surveillance doit être prolongée si le bloc est étendu, si plusieurs territoires ont été injectés, si une sédation a été administrée, si la dose totale est élevée ou si l’examen clinique reste incomplet.
La différence entre membre supérieur et membre inférieur ne tient pas à une règle mécanique selon laquelle tous les blocs du membre inférieur seraient plus dangereux. Elle s’explique par la diversité des techniques et des volumes utilisés, la possibilité d’un bloc moteur gênant la marche, le risque de chute et la nécessité de vérifier que le patient a récupéré un niveau de fonction compatible avec la suite de sa prise en charge.
Ce qui doit être surveillé
Pendant la période de surveillance, l’équipe observe à la fois les paramètres monitorés et l’état clinique. Il faut notamment vérifier:
- la fréquence cardiaque, la pression artérielle et la saturation en oxygène selon le niveau de monitorage requis;
- l’état de conscience et la ventilation, en particulier après sédation;
- l’apparition de signes compatibles avec une toxicité systémique des anesthésiques locaux: paresthésies péribuccales, goût métallique, acouphènes, troubles visuels, agitation, somnolence inhabituelle, convulsions ou instabilité cardiovasculaire;
- l’évolution du bloc sensitif et moteur;
- la douleur au point de ponction, l’apparition d’un hématome ou d’un gonflement;
- toute dyspnée, douleur thoracique, faiblesse inattendue ou aggravation d’un déficit neurologique.
La saturation seule ne suffit pas à évaluer un patient qui vient de recevoir une sédation ou un bloc susceptible d’altérer la ventilation. L’observation clinique garde sa place. De même, un déficit moteur immédiatement après un bloc n’est pas en soi une complication: il doit être interprété en fonction du territoire ciblé, de la technique et de l’évolution attendue. Ce qui alerte, c’est une extension inhabituelle, une aggravation, une discordance avec le bloc réalisé ou une persistance qui dépasse le cadre prévu.
Les situations qui imposent une réaction
Une désaturation persistante, une hypoventilation, une altération de la conscience ou une instabilité hémodynamique exigent une prise en charge immédiate et ne doivent pas être attribuées trop vite à une simple anxiété. Selon la technique, il faut rechercher une toxicité systémique, un effet de la sédation, un bloc phrénique, une complication pleuropulmonaire ou une autre cause indépendante du bloc.
La méthémoglobinémie doit être évoquée devant une cyanose ou une saturation qui ne s’améliore pas comme attendu, notamment après exposition à des produits pouvant l’induire. Le diagnostic ne se résume pas à un seuil affiché sur le saturomètre: il repose sur le contexte, l’examen et les examens adaptés.
Après un bloc supraclaviculaire ou interscalénique, une dyspnée ou une baisse de la ventilation impose une évaluation clinique rapide. Une atteinte phrénique peut être liée à la technique; un pneumothorax doit aussi être envisagé selon le geste, les symptômes et les conditions de réalisation. L’imagerie est décidée en fonction de la situation, et non appliquée automatiquement à chaque gêne respiratoire.
Enfin, un déficit sensitif ou moteur qui s’aggrave, qui ne correspond pas au territoire anesthésié ou qui persiste au-delà de l’évolution attendue doit être documenté et réévalué. Le patient doit savoir qui contacter après sa sortie et dans quel délai signaler une faiblesse, une douleur inhabituelle ou un trouble neurologique.
Maîtrise du matériel et préparation de l’échographe
L’ALR échoguidée est une technique dépendante du matériel, mais la sécurité ne repose pas sur un réglage magique. Elle dépend de la possibilité d’obtenir une image exploitable, de maintenir l’asepsie et de suivre l’aiguille sans perdre le patient de vue.
Préparer l’échographe
Le choix de la sonde est dicté par la profondeur et la morphologie du patient. Une sonde linéaire haute fréquence convient généralement aux structures superficielles. Une sonde curviligne de fréquence plus basse peut être nécessaire pour les cibles profondes, lorsque la profondeur et la fenêtre acoustique le justifient.
Avant le geste, il faut vérifier:
- la sonde adaptée à la cible;
- l’intégrité du câble et de la surface de la sonde;
- la profondeur d’exploration, avec une image qui permet de distinguer la cible et les structures à risque;
- le gain et la focalisation, ajustés pour obtenir une image lisible sans masquer les détails utiles;
- l’utilisation du Doppler lorsque l’identification d’une structure vasculaire peut modifier la trajectoire;
- la présence d’une housse stérile à usage unique;
- la disponibilité d’un gel stérile à l’intérieur de la housse;
- la compatibilité de la désinfection avec la sonde et les recommandations du fabricant.
La mention d’une « calibration thermique » affichée à l’écran ne correspond pas à un contrôle technique standard à exiger avant chaque bloc. Ce contrôle est donc retiré de la checklist de préparation. Les vérifications pertinentes portent sur le fonctionnement de l’échographe, la qualité de l’image, l’état de la sonde, la désinfection, la housse et le gel stérile. En cas d’image dégradée ou de matériel douteux, il faut changer de sonde ou d’appareil, et non compenser une panne par une progression à l’aveugle.
Le gel stérile utilisé dans la housse ne doit pas être confondu avec le gel appliqué sur la peau. La préparation cutanée, le temps de séchage de l’antiseptique et le maintien de la stérilité de la sonde font partie du geste. La sonde ne doit pas toucher une zone non stérile après son habillage; si cela arrive, le dispositif doit être remplacé ou reconditionné selon la procédure locale.
Préparer les aiguilles et les consommables
Le calibre et la longueur de l’aiguille sont choisis en fonction du bloc, de la profondeur, de la voie d’abord et de la capacité à maintenir une visualisation correcte. Une aiguille échogène peut améliorer la visibilité, mais elle ne dispense pas de contrôler la pointe. Le biseau doit être adapté à la technique et manipulé avec une progression lente, par petits mouvements.
Il faut supprimer une association trompeuse: une aiguille de Tuohy est une aiguille épidurale à pointe courbe, et la présenter comme une aiguille de bloc à biseau court de type « Tuohy 22G » mélange des caractéristiques qui ne décrivent pas correctement le matériel utilisé pour une ALR périphérique. La checklist doit donc rester descriptive et opérationnelle, sans attribuer à un modèle une forme de pointe incompatible.
| Élément | Vérification |
|---|---|
| Aiguille de bloc | Calibre, longueur et visibilité échographique adaptés à la cible et à la voie d’abord |
| Seringues | Volumes préparés, identification lisible et connexions sécurisées |
| Anesthésique local | Molécule, concentration, volume total, dose calculée, péremption et intégrité de l’ampoule |
| Antiseptique | Produit compatible avec le site, respect du mode d’emploi et temps de séchage |
| Housse et gel | Housse stérile intacte et gel stérile disponible pour la procédure |
| Compresses et champ | Quantité suffisante, conditionnement intact et champ adapté au geste |
| Matériel de secours | Accès immédiat à l’oxygène, à l’aspiration et aux médicaments de réanimation |
| Traitement de la toxicité systémique | Émulsion lipidique disponible selon le protocole de l’établissement |
La dose totale doit être additionnée lorsque plusieurs blocs ou infiltrations sont réalisés. Le calcul doit intégrer le poids pertinent, l’âge, la fonction hépatique, la grossesse éventuelle, la vascularisation du site et les associations de molécules. Une dose présentée comme « habituelle » ne remplace pas un calcul documenté. Les recommandations locales et les données du produit utilisé doivent primer sur une valeur mémorisée.
Positionner le patient et l’équipe
La position doit permettre trois choses en même temps: exposer correctement la cible, maintenir un accès aux voies aériennes et surveiller le patient sans devoir interrompre le geste pour atteindre le matériel. La voie veineuse, lorsqu’elle est requise, doit être fonctionnelle avant la ponction. L’oxygène, l’aspiration et le matériel de réanimation doivent être accessibles immédiatement.
L’aide présent doit connaître la technique et savoir signaler une modification de l’état clinique. Il ne s’agit pas seulement de tenir la sonde ou de passer une seringue. Pendant une ALR, l’opérateur peut être concentré sur l’écran et perdre des informations périphériques. Une deuxième personne attentive au patient et à la stérilité constitue une barrière supplémentaire.
L’environnement compte aussi. Une ponction réalisée pendant une interruption, une conversation parallèle ou un time-out chirurgical en cours augmente le risque de perte d’information. L’arrêt de sécurité doit être audible et respecté avant que le geste ne reprenne.
Les erreurs qui compromettent la sécurité
Certaines erreurs sont connues de tous, ce qui ne les rend pas moins fréquentes. Elles apparaissent souvent lorsque l’équipe est pressée ou lorsque la procédure paraît familière.
- Injecter sans time-out validé. La cible anatomique peut être parfaite et le côté erroné.
- Se fier à la neurostimulation seule pour un bloc profond ou difficile, sans disposer d’une stratégie de visualisation et de surveillance adaptée. Une réponse motrice ne garantit pas l’absence de contact vasculaire ou nerveux indésirable.
- Ne pas aspirer et injecter par fractions. Une aspiration négative n’exclut pas à elle seule une position intravasculaire; la surveillance clinique et l’injection fractionnée restent nécessaires.
- Additionner insuffisamment les doses. Les infiltrations chirurgicales, les blocs associés et les réinjections entrent dans le calcul de la dose totale.
- Réaliser le geste sans tenir compte du traitement antithrombotique. Le délai et le niveau de risque doivent être évalués selon la technique, le médicament et les recommandations en vigueur.
- Oublier le marquage cutané et tenter de reconstruire la latéralité à partir de la seule mémoire de l’équipe.
- Poursuivre malgré une résistance, une douleur électrique persistante ou une mauvaise visualisation de la pointe. Dans ce cas, l’aiguille doit être repositionnée ou retirée avant toute nouvelle tentative.
- Changer de côté ou de technique sans refaire la vérification. Toute modification du plan initial impose une nouvelle confirmation de l’identité, du côté, du geste et de la dose.
- Transférer le patient sans consigne claire. La surveillance ne s’arrête pas au moment où le champ est retiré; le relais doit savoir quel bloc a été réalisé, avec quelle dose et quels signes rechercher.
Une injection intravasculaire accidentelle d’un anesthésique local peut évoluer rapidement vers une toxicité neurologique ou cardiovasculaire sévère. La conduite à tenir ne doit pas être improvisée. Le matériel de réanimation et l’émulsion lipidique à 20 % doivent être disponibles dans l’environnement immédiat, avec une équipe qui connaît le protocole de prise en charge.
Une complication n’est pas toujours évitable. Une information manquante, une seringue non identifiée ou une aiguille dont la pointe n’est plus visible le sont beaucoup plus souvent.
Ce que chaque équipe doit réellement exécuter
L’ALR échoguidée est une technique sûre lorsqu’elle est intégrée à une organisation qui ne sépare pas la précision du geste de la sécurité du parcours. L’échographe améliore la compréhension de l’anatomie et le contrôle de l’aiguille. Il ne remplace ni le marquage, ni l’identification, ni la surveillance, ni la capacité à arrêter une procédure qui devient incertaine.
La check-list efficace tient moins à sa longueur qu’à son usage. Elle doit interrompre le flux pendant quelques instants, faire parler les professionnels concernés et rendre visibles les désaccords avant l’injection. Le document signé vient ensuite: il trace une vérification qui a réellement eu lieu, il ne la fabrique pas.
Pour chaque patient bénéficiant d’une ALR, le socle de sécurité est le suivant:
1. Marquer le site selon la procédure de l’établissement et vérifier que le repère reste visible.
2. Confronter l’identité, l’intervention, le côté et le dossier avant l’installation définitive.
3. Réaliser un time-out ALR distinct lorsque le bloc régional n’est pas couvert par le time-out chirurgical.
4. Vérifier la molécule, la concentration, le volume et la dose totale, en tenant compte des gestes associés.
5. Préparer l’échographe, la sonde, la housse, le gel et l’aiguille sans introduire de contrôle technique non pertinent comme une prétendue calibration thermique.
6. Maintenir une surveillance adaptée pendant au moins 30 minutes pour un bloc du membre supérieur et 60 minutes pour un bloc du membre inférieur lorsqu’il est réalisé seul, en prolongeant si l’état clinique ou la technique le justifie.
7. Garder le matériel de réanimation et l’émulsion lipidique à portée immédiate, sans emballage ou rangement susceptible de retarder leur utilisation.
8. Documenter le geste et transmettre les consignes, notamment le territoire bloqué, la dose administrée, les limites motrices attendues et les signes qui doivent conduire à recontacter l’équipe.
C’est une séquence de sécurité, pas une négociation avec le planning. La qualité d’un bloc ne se mesure pas uniquement à la netteté de l’image ou à la rapidité de la ponction. Elle se mesure aussi à la capacité de l’équipe à s’arrêter avant l’injection, à vérifier ce qu’elle croit déjà savoir et à laisser une trace exploitable pour la surveillance qui suit.