Gestion de la douleur périopératoire : une synthèse pour les internistes
Medscape vient de publier une revue narrative intitulée « Perioperative Pain Management: A Narrative Review for the General Internist », rédigée à l'intention des internistes généralistes.

Pour nous, anesthésistes-réanimateurs, c'est un signal à ne pas négliger: il résume comment nos collègues non anesthésistes perçoivent et enseignent l'analgésie périopératoire, et met en lumière les points de friction entre la consultation d'anesthésie, le bloc opératoire et les services d'hospitalisation.
Pourquoi cette revue nous concerne directement
Une « narrative review » n'est pas un article de recherche fondamentale: c'est un document de synthèse, conçu pour orienter la décision clinique au lit du malade. Or, dans notre pratique quotidienne, la majorité des patients que nous prenons en charge pour une chirurgie programmée sont adressés, préparés et suivis en parallèle par un interniste. Quand le discours n'est pas aligné entre les deux spécialités, les schémas d'analgésie multimodale sont interrompus, les relais postopératoires sont mal assurés, et c'est finalement le patient qui supporte cette discontinuité. Lire ce que nos confrères lisent est donc, pour nous, un véritable acte de qualité — et un bon moyen d'anticiper les malentendus avant qu'ils ne deviennent des incidents.
Le point clé: harmoniser le discours avant l'arrivée au bloc
En pratique, trois habitudes consolident l'interface avec la médecine interne et réduisent les ruptures de prise en charge:
- Anticiper la stratégie antalgique dès la consultation d'anesthésie, y compris pour des actes que le patient ou l'adresseur considèrent comme « mineurs » — c'est souvent là que les attentes sont les moins calibrées.
- Rédiger des protocoles de service lisibles, avec des fourchettes de doses, des horaires et des critères simples d'évaluation de la douleur, afin que l'équipe d'aval n'ait pas à improviser.
- Repérer et signaler explicitement les patients sous opioïdes au long cours, polymédiqués, fragiles ou présentant un risque d'usage problématique, pour que le relais postopératoire soit pensé en équipe, et non improvisé au dernier moment.
Ce qu'il faut garder en tête
Le message à retenir n'est pas dans le détail pharmacologique — que nous maîtrisons — mais dans la coordination. Une revue narrative publiée dans un média généraliste est aussi un miroir: elle reflète ce qui est perçu comme acquis hors de nos murs, et parfois ce qui ne l'est pas encore. Pour les équipes qui veulent confronter leur pratique à un cadre réellement actualisé, les congrès virtuels et les formations validées de la spécialité restent, à ce jour, le canal le plus sûr pour rester à jour sans céder aux raccourcis de la vulgarisation.