Psychiatrie hospitalière : les raisons de la grève nationale du 17 septembre
Selon les chiffres publiés par Egora le 2 septembre 2026, 30 % des postes de praticiens hospitaliers en psychiatrie publique française sont vacants, et 15 % des postes d'internes restent non pourvus.

Sur cette base, l'intersyndicale de la psychiatrie publique — IDEPP, SPEP, SPH et USP — a appelé à une grève nationale le 17 septembre, dénonçant « une crise profonde qui s'aggrave d'année en année » et des alertes adressées au ministère de la Santé restées « sans aucune suite ».
Les marqueurs d'un effondrement structurel
L'intersyndicale aligne plusieurs indicateurs convergents qui dépassent la question des postes vacants. Files actives en hausse constante, en ambulatoire comme en hospitalisation, signe d'une demande non satisfaite plutôt que d'une baisse de la pathologie. Vétusté « parfois criante » des locaux et des équipements, point déjà documenté par plusieurs rapports publics. Empilement de missions nouvelles — du « coupe-file jeunes » à l'objectif « zéro contention » — sans moyens dédiés ni redéploiement de postes. La plateforme revendicative est précise: un « plan pluriannuel de redressement » co-construit, une revalorisation « en urgence » des revenus, une reconnaissance officielle de « la pénibilité de la psychiatrie de service public », et une augmentation « significative » des capacités en lits d'hospitalisation et en places extrahospitalières. L'accès aux soins « au plus près des patients, dans les CMP », pour « éviter les ruptures », ferme la liste.
Le débordement qui nous concerne directement
Ce que les dépêches omettent, c'est la diffusion systémique de la pénurie. Quand l'aval psychiatrique s'effondre, les urgences absorbent mécaniquement les crises aiguës, les états d'agitation, les comorbidités sévères — et l'anesthésiste-réanimateur en hérite en bout de chaîne. Durées de séjour allongées en UHCD, transferts intersectoriels impossibles, surveillance rapprochée assurée par des équipes non spécialisées, occupation inadéquate et prolongée des lits critiques. Le phénomène n'est pas nouveau, mais l'amplification est désormais chiffrable. À mes yeux, ce mouvement du 17 septembre dépasse le périmètre catégoriel: il signe la défaillance d'un pilier de l'hôpital public, avec des conséquences directes et mesurables sur nos organisations de soins critiques.
Trois signaux à observer d'ici octobre
Verdict suspendu à trois variables. Premièrement, le taux de mobilisation au 17 septembre — test de radicalité syndicale ou signal d'essoufflement. Deuxièmement, la posture du ministère de la Santé: réouverture d'un cycle de négociation ou énième fin de non-recevoir, après des alertes restées « sans suite » depuis deux ans. Troisièmement, et c'est l'angle qui concerne directement notre pratique, l'impact mesurable sur les données d'activité des urgences et de la réanimation: séjours non programmés, durées moyennes de passage, taux d'occupation des lits critiques, indicateurs de delayed discharge pour défaut d'aval psychiatrique. Si ces chiffres confirment le débordement, la crise cessera d'être un dossier sectoriel pour devenir un sujet de gouvernance hospitalière globale. Applicable à nos services: oui, sans hésitation.