DACE 2026 : cap sur les innovations périopératoires et les protocoles ERAS à Dubaï
La première édition du Dubai Anesthesia Conference and Exhibition vient de s'ouvrir ses portes, réunissant plus de 350 spécialistes internationaux autour des innovations périopératoires.

Selon l'agence de presse Emirates News Agency, le programme met l'accent sur les protocoles ERAS, l'analgésie locorégionale et l'optimisation nutritionnelle des patients de réanimation avant chirurgie lourde. Un événement qui tombe à pic, alors que deux publications récentes viennent précisément relancer le débat sur des pratiques que nous connaissons bien au bloc mais que nous n'exploitons pas toujours à leur plein potentiel.
Des protocoles ERAS au premier plan — mais qu'en faisons-nous concrètement?
Le programme du DACE 2026 consacre une place centrale aux parcours de réhabilitation améliorée après chirurgie. En pratique, ce n'est plus vraiment une nouveauté pour la plupart d'entre nous: les recommandations ERAS existent depuis plusieurs années dans de nombreuses spécialités chirurgicales. Le point clé, cependant, est que leur application reste très inégale d'un établissement à l'autre, voire d'un opérateur à l'autre au sein d'un même service. L'optimisation nutritionnelle préopératoire, en particulier, reste un angle mort fréquent — nous le savons tous, mais le temps peropératoire court parfois au détriment d'une préparation en amont. Ce congrès pourrait être l'occasion de remettre ce sujet sur la table, en s'appuyant sur des retours d'expérience concrets plutôt que sur de nouvelles recommandations théoriques.
L'analgésie locorégionale: une efficacité prouvée, une utilisation encore timide
La question de la sous-utilisation des blocs périnerveux revient sur le devant de la scène de manière assez saisissante. Une récente publication dans le Journal of Trauma and Acute Care Surgery met en lumière un paradoxe: chez les patients traumatisés disposant de directives de non-réanimation, les blocs locorégionaux restent sous-exploités, alors même que leur efficacité pour le soulagement de la douleur aiguë est solidement établie. Ce constat nous interpelle directement. En pratique, il arrive que le statut de non-réanimation d'un patient nous fasse retenir certaines interventions, par prudence ou par habitude institutionnelle. Pourtant, un bloc périnerveux bien réalisé peut considérablement améliorer le confort de ces patients sans modifier les décisions thérapeutiques globales. L'argument du confort ne devrait jamais être négligé, quel que soit le cadre de prise en charge. Le DACE 2026 intégrant l'analgésie locorégionale dans son programme, c'est aussi un signal: la communauté internationale reconnaît que nous devons aller plus loin dans le déploiement de ces techniques, y compris dans des contextes cliniques où nous ne les envisageons pas spontanément.
Monitorage glycémique en continu: l'IARS publie un point clinique attendu
L'autre sujet qui retient notre attention cette semaine émane de l'International Anesthesia Research Society. L'IARS vient de publier une mise au point clinique sur l'intégration peropératoire des capteurs de glycémie en continu et des pompes à insuline automatisées, en particulier chez les patients hospitalisés pour chirurgie lourde et en réanimation. C'est un domaine en évolution rapide. Nous utilisons de plus en plus ces technologies dans les soins critiques, mais leur gestion au bloc opératoire soulève des questions pratiques très concrètes: comment interpréter les données en temps réel pendant une intervention longue, comment ajuster les protocoles d'insulinisation, et surtout comment former nos équipes à ces outils sans ajouter de la complexité à un environnement déjà chargé. Cette publication de l'IARS arrive à un moment opportun pour structurer notre réflexion et, espérons-le, harmoniser nos pratiques.
Ce que nous pouvons retenir et appliquer dès cette semaine
Trois signaux forts se dégagent de cette actualité. D'abord, les protocoles ERAS ne sont pas un concept figé: ils méritent une réévaluation régulière de nos habitudes, en particulier sur la préparation nutritionnelle. Ensuite, la sous-utilisation de la locorégionale dans certains contextes cliniques est un biais que nous pouvons corriger en partageant nos expériences au sein de nos équipes — rappelons-nous que le confort du patient n'est jamais secondaire. Enfin, le monitorage glycémique en continu au bloc n'est plus un sujet de demain: l'actualité de l'IARS nous invite à nous approprier ces outils et à former nos collaborateurs pour une prise en charge plus précise. Comme toujours, le progrès passe moins par de nouvelles molécules que par une meilleure utilisation de ce que nous avons déjà entre les mains.